Le Crazy Gang de Wimbledon : le foot pour les tarés

Ce week-end se déroulait les huitièmes de finale de la prestigieuse Cup, version anglaise bien plus classe que notre bonne vieille coupe de France. A l’heure où j’écris ces quelques lignes, la seule surprise de ce tour était le match nul entre Leyton Orient et Arsenal (votre serviteur jubile), obligeant les Gunners a rejouer le match (Chelsea n’est plus une surprise). Mais cette compétition est chargée de nombreuses histoires et exploits dont un des plus marquants fut la victoire du Crazy Gang de Wimbledon en 1988 sur le tout-puissant Liverpool.

Pour bien comprendre la portée historique de ce match, il est nécessaire de revenir un peu sur cet improbable Wimbledon F.C. et sur son équipe d’alcooliques fou-furieux et bagarreurs. Ce club, fondé en 1889, a été dépucelé du plus haut niveau anglais en 1986 en accédant pour la première fois à la First Division, ancêtre de l’actuelle Premier League. C’est le point de départ du “Crazy Gang”. Cette année-là, deux joueurs, Vinnie Jones et John Fashanu, rejoignent Wimbledon et forment, avec notamment Dennis Wise, Lawrie Sanchez et Wally Dowes, une équipe redoutable, basant son jeu sur le physique, les ballons longs, l’agressivité et les coups de latte. Ils devinrent très vite le club le plus détesté du royaume, dans ces années 80 si prolifiques pour le foot anglais. Pour eux, le fair-play n’existait pas, ils étaient là pour détruire l’adversaire, le menacer, éventuellement gagner et…aller boire des bières au pub.Le joueur emblématique de cette équipe était Vinnie Jones. Bien avant sa carrière d’acteur, débutée par l’excellent “Arnaque, crime et botanique” de Guy Ritchie, Jones fut connu pour ses provocations sur et en-dehors du terrain, pour son jeu dur (doux euphémisme) et pour ses multiples déboires alcoolisés. Bien moins calme mais tout aussi violent que son personnage de Bullet Tooth Tony dans “Snatch”, c’était un milieu défensif cauchemardesque pour les ailiers et meneurs de jeux adverses. Illustration : en 1992, Jones (alors à Chelsea) reçut le carton jaune le plus rapide de l’histoire du foot anglais après un tacle assassin tout juste 3 secondes après le début du match. Autre exemple de l’intelligence du bonhomme : en 1994, alors que Wimbledon était en Norvège pour disputer un match amical de pré-saison, Jones avait passé la nuit précédente à picoler et à se battre. Ayant raté le bus emmenant l’équipe au stade, il se rendit au match en courant, termina sa nuit sur le banc de touche, rentra en cours de jeu et envoya son adversaire direct à l’hôpital, le front en sang. Quelques images poétiques de Vinnier Jones joueur :
Mais l’illustration la plus parfaite de ce qu’était Jones et le Crazy Gang eu lieu lors d’une opposition entre Newcastle et Wimbledon. Le jeune Paul Gascoigne, nouveau joyaux footballistique de la couronne britannique, était la proie parfaite pour le Crazy Gang. Il se souvient: « Il (Vinnie Jone) s’est approché de moi pour me dire : « Je m’appelle Vinnie Jones, je suis un gitan, je gagne beaucoup de fric et je vais t’arracher l’oreille avec les dents puis tout recracher dans l’herbe. Tu es seul mon gros, tout seul avec moi ! » Tout le temps, j’ai senti son souffle derrière moi, comme un dragon. Je ne me suis jamais plaint d’être taclé, mais il s’agissait à chaque fois de pures agressions ! À un moment, il m’a craché au visage en me disant : « Je vais juste tirer le corner mais ne t’inquiète pas, mon gros, je reviens ! ». Une photo immortalisa cette rencontre et le traitement particulier que subi Gascoigne. On y voit Jones, mâchoire serrée, veines apparentes, empoigner vigoureusement Gascoinge. Je vous laisse admirer le geste technique.

C’est donc cette équipe de psychopathe qui se retrouva, un peu par miracle, le 14 mai 1988 à Wembley, pour disputer la finale de la Cup contre le grand Liverpool. A l’époque, l’Angleterre entière est sous le charme des Reds, équipe marquée par le drame du Heysel en 1985, et qui connait depuis une dizaine d’année une réussite sportive exceptionnelle : 8 titres de champion – dont le dernier conquis quelques jours avant la finale, 4 coupes de la Ligue, 1 Cup et surtout 4 Coupes d’Europe des Clubs Champions ! L’équipe de gentlemen menée par Kenny Dalgish devait donc s’imposer sans problèmes, et même mieux, donner une leçon aux bad boys de Wimbledon. La position de petit club, chère au téléspectateur beauf de Téléfoot, ne suffisait pas à rendre sympathique cette équipe. Il fallait donc que l’autorité triomphe, que la racaille soit punie. Le petit poucet était devenu le grand méchant loup.
Sauf que cette fois-ci, nous n’étions pas dans un film de Disney et le méchant l’emporta à la fin. 37 ème minute : un coup-franc de Dennis Wise trouvait la tête de Lawrie Sanchez, 1-0 pour Wimbledon. 61ème minute : Dave Beasant, le gardien et capitaine de Wimbledon arrêtait le penalty de John Aldridge, une première dans l’histoire de la Cup. Liverpool ne s’en releva pas, le Crazy Gang entrait dans la légende en offrant le seul et unique titre majeur au Wimbledon F.C, au grand dam des bien-pensants de l’époque.
J’ai déjà pu vous parler dans un précédent article de la nécessité d’avoir ce type de joueur, aboyeur, méchant, intimidant dans une équipe. Mais ce club de Wimbledon avait quelque chose de spécial, comme une concentration unique de salopards écervelés, pour qui le foot était un combat, au-delà de toute morale.
SIR GUY

Retrouvez cette équipe de poète dans leur version panini sur l’excellent site Old School Panini 

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