Rencontre avec Serge, stadier à Gerland

Le foot, ses stars, ses gestes spectaculaire, ses arbitres contestés et ses métiers de l’ombre ! Tous les dimanches soirs, Canal+ est là pour nous rappeler qu’une poignée de personnes passe ses matches dos au terrain à scruter les spectateurs. Qui sont-ils ? Quelles sont leurs motivations ? Pour essayer de comprendre le phénomène, tels des Bernard de la Villardière du ballon rond, nous sommes allés à la rencontre de l’un d’entre eux. Serge, 34 ans, est stadier à Gerland. Morceaux choisis…de dos !

HBT : Bonjour Serge. Avant de commencer, vous préférez faire l’interview de dos ou de face ?

De face, je sais faire la part des choses. Et puis comme ça, je pourrai surveiller vos gestes.

HBT : Parfait. Première question qui nous brûle les lèvres : Pourquoi ? Qu’est-il arrivé dans votre vie pour en arriver là ?

C’est un métier comme un autre. J’ai toujours aimé surveiller les gens. Comme j’ai arrêté mes études tôt, j’ai compris que je ne pourrai pas être espion, alors je me suis rabattu sur la sécurité. J’ai commencé par les centres commerciaux, puis je suis passé aux concerts. Une vraie vocation.

HBT : Vous étiez donc vigile à la Halle Tony Garnier, c’est ça ?

Exact. J’étais au pied de la scène. 4 ans à me foutre du son dans les oreilles, ça construit un caractère.

HBT : Votre meilleur souvenir ?

Sans hésiter Justin Timberlake en 2007. Y’avait un de ses paquets de meufs devant, je vous raconte pas. J’ai passé près de 4h à mater des seins et à les voir bouger dans tous les sens. Et je passe toutes celles que j’ai tripotées parce que j’ai dû les sortir de la fosse. Votre pigguyste aurait apprécié.

HBT : Pourquoi avoir arrêté dans ce cas là ?

C’est simple, je l’ai fait pour mes oreilles. Parce que pour le coup, je m’en prenais par derrière et par devant. Les sandwiches ça a jamais trop été mon truc, mais là au bout d’un moment j’ai dit stop. Je crois que le déclic ça a été Tokyo Hotel. L’allemand a eu raison de moi…

HBT : Et vous voila donc au calme, stadier à Gerland.

Ah ça pour être tranquille, c’est tranquille. Le foot, t’as pas beaucoup de bruit qui vient du terrain. Et le public…bein c’est Gerland donc je me plains pas. Sauf en hiver, là j’avoue que je me pèle le cul, mais c’est pour la bonne cause. Et puis le club nous offre le vin chaud à la fin du match, c’est pas le grand luxe, mais on s’en contente.

HBT : La question que beaucoup de gens se posent, c’est est-ce que vous aimez le foot ?

J’aime bien oui, j’en ai fait pendant pas mal d’années. J’étais attaquant, j’aimais bien jouer dos au but, comme un symbole. Après, c’est un taf comme un autre. Y’en a qui conduisent des métros, moi je fais des déménagements le jour, et stadier certains soirs.

HBT : Histoire peut-être de susciter des vocations, pouvez-vous nous donner quelques bonnes raisons de vouloir être stadier ?

Perso, j’en ai trouvé plusieurs. La première, c’est quand je vais chez le coiffeur, je leur demande de ne s’occuper que de ma nuque, du coup j’ai des prix réduits. Ma mère dit qu’elle saurait reconnaître ma nuque parmi 100. Ensuite, j’ai pas besoin de passer 20 minutes à choisir mes fringues pour aller bosser : je vais avoir droit au gilet jaune ou orange, alors ça n’a pas d’importance. Et puis je me dis qu’être payé à regarder des gens qui regardent derrière toi, c’est la bonne planque. Je passe mon temps assis, à imaginer des vies aux lyonnais qui sont en face de moi, j’apprends à décoder les rictus pour comprendre ce qu’il se passe dans mon dos. C’est formateur.

HBT : Tout compte fait, vous êtes quelqu’un de normal. Vous vous voyez où dans 5 ans ?

Vu mon parcours, je me vois bien comme le mec de TF1 là, le Mentaliste. Le mec il devine si les gens mentent en regardant leur visage. Avec un peu d’entrainement, je pourrai faire pareil. Et puis le gilet ça me connait !

HBT : Pas sûr que ce soit un vrai métier, mais on croise les doigts pour vous. Dernière question pour la route : vous êtes plutôt de face ou de dos ?

Je vous vois venir…je n’ai pas beaucoup d’humour, alors je dirais de face. C’est plus classe.

HBT : Merci Serge, au plaisir de revoir votre nuque.

Merci ! A bientôt.

Propos recueillis par Hugguy les Bons Tuyaux

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