Jupp Heynckes ou l’Allemand glorieux du Real Madrid

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Ce soir a lieu la première manche de la demi-finale de Ligue des Champions entre le Bayern Munich et le Real Madrid, deux légendes du foot européen, deux clubs ayant remporté à eux deux 13 fois la coupe aux grandes oreilles, deux des clubs les plus prestigieux au monde. Mais en 1998, année érotique du football français, l’actuel entraîneur du Bayern, Jupp Heynckes, se trouvait à la place de José Mourinho sur le banc du Real. Cela aura duré une seule saison mais aura suffi à l’allemand pour ramener la plus prestigieuse des coupes dans la capitale espagnole après 32 ans de disette, une éternité pour un club ayant fondé sa légende sur cette compétition. Retour donc sur la 7ème Ligue des Champions du Real Madrid, peut-être la plus importante du club.

Il faut d’abord replanter le décor madrilène de l’époque. Les années 90 furent assez terribles pour les Merengue. Ultra-dominant dans les années 80 grâce à sa Quinte del Bruite emmenée par Míchel, Butragueño et Huga Sánchez, les années dance marquèrent le renouveau du Barça avec le football total de Johan Cruyff, Romario et Stoichkov mais aussi le dernier titre remporté par le rival madrilène, l’Atletico Madrid, en 1996. Grâce à Capello, le Real parviendra cependant à remporter le titre en 1997, deux ans après celui remporté par Zamorano et sa bande, qualifiant les Merengue pour la plus prestigieuse des compétitions.

D’un point de vue européen, les années 90 sont italiennes comme le début du XXIème siècle fut anglais. Le Milan, la Juventus ou la Sampdoria se hisseront en effet en finale 7 fois sur les 8 dernières éditions (pour seulement trois titres en revanche). Pour tenter de faire tomber la botte et reprendre un titre lui échappant depuis 1966, le Real pouvait compter sur quelques joueurs de grande classe : les latéraux Robert Carlos et Christian Panucci, le solide Fernando Hierro, le milieu classe RedondoSeedorf, le duo d’attaquant pour la paix dans les Balkans Suker-Mijatovic et surtout un duo de jeunes espoirs espagnols amenés à remporter de nombreux titres ensembles, Fernando Morientes, 21 ans, et Raul, 20 ans. Sur le banc, l’ex-buteur du Borussia Mönchengladbach et champion du monde 1974, l’allemand Jupp Heynckes, choix par défaut de Lorenzo Sanz, qui lui préférait dans un premier temps un compatriote, l’entraîneur champion d’europe Ottmar Hitzfield. Il n’aura pas à regretter son choix.

La phase de poule sera une formalité pour les madrilènes qui termineront premier de leur groupe devant Rosenborg, malgré un défaite en Norvège, l’Olympiakos et le FC Porto du fantôme de la Canebière Mario Jardel. A cette époque, cela permettait d’accéder directement en quart de finale. On retrouvait à ce stade entre autres le tenant du titre, le Borussia Dortmund d’Andreas Möller, la Juventus d’Inzaghi et Del Piero vainqueur en 1996 et finaliste en 1997, le Dynamo Kiev d’Andrei Shevchenko, auteur d’un triplé au Camp Nou lors d’une démonstration ukrainienne à Barcelone 4-0 ou encore l’AS Monaco de Jean Tigana et des petits jeunes Thierry Henry et David Trezeguet. Ce premier tour sera notamment l’occasion pour Roberto Carlos de prouver contre Porto qu’il pouvait aussi tirer les coups-francs avec finesse.

Avec un entraîneur allemand, ce sera un parcours allemand qui attendra le Real. Tout d’abord le Bayer Leverkusen en quart de finale, affiche de la finale quatre ans plus tard. Lors de cette double confrontation, c’est un français qui flambera, l’ancien champion de France avec Nantes Christian Karembeu, nous rappelant ainsi à tous qu’il était bien plus que le mari de miss Wonderbra. Buteur au match aller comme au match retour, le kanake se montrera à nouveau décisif en demi-finale. Cette fois-ci, contre le tenant du titre, le Borussia Dortmund.

Ce somment du football européen débuta par une blague qui aurait pu être un drame. Juste avant le match, les grilles de Santigao Bernadeu séparant le terrain des tribunes, recouvertes de supporters espagnols surexcités à l’idée de retrouver le parfum enivrant d’un triomphe européen, s’effondrèrent entraînant dans sa chute un des buts. Aucun blessé grave, mais on assistera pendant plus d’une heure au spectacle absurde du remplacement d’un des buts. Cela ne troublera ni Morientes, ni Karembeu, buteurs lors de cette victoire 2-0. Cela semblera en revanche avoir touché les allemands qui ne marqueront pas non plus au match retour, sûrement par peur de voir un de leurs buts s’écrouler à son tour (surtout avec le style des frappes blitzkrieg de la Bundesliga).

Le Real retouvait donc, 17 ans après sa dernière finale perdue face à Liverpool au Parc des Princes à Paris, le prestige d’une finale de Ligue des Champions, et avec son identité perdue depuis les exploits de Di Stefano et sa bande dans les années 50. Mais en face, la Juventus réalisait cet exploit par la troisième fois consécutive, première fois depuis le Bayern Munich de Beckenbauer. Face aux espagnols, la science tactique et de la gagne de la Juve avec son milieu DD tacleur (Deschamps-Davids), son n°21 futur n°5 du Real et son duo Inzaghi-Del Piero devant. Dans un match fermé disputé à Amsterdam, lieu hype du foot européen depuis le triomphe de l’Ajax en 1995 dans cette même compétition, Pedrag Mijatovic sera l’unique buteur, malin et plein de sang-froid pour battre le gros Peruzzi à la 67ème.

Le Real remportait ainsi sa 7ème Ligue des Champions, sa première depuis 1966, et replaçait ainsi enfin le club dans l’histoire du foot européen après des années d’abstinence. Jupp Heynckes venait ainsi de placer à nouveau les madrilènes sur les rails de la gloire, eux qui remporteront à nouveau deux titres européens en 2000 et 2002, renforçant le statut de club le plus titré de la compétition. Aujourd’hui, la mission de Mourinho est quelque peu similaire à celle de l’allemand, le Real devant retrouver la victoire européenne au plein coeur d’un cycle barcelonais unique dans l’histoire du football. Au point qu’Heynckes fasse une faveur à son ancien club ?

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SIR GUY

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