Christian Jeanpierre, une vie de Thierry

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Christian Jeanpierre subit depuis toujours quolibets et moqueries. Enthousiasme disproportionné, émotions décalées, cheveux frisés. Le garçon n’a pas grand-chose pour lui, mis à part une belle carrière dans le journalisme sportif. Mais le fil conducteur de sa vie n’est pas cette position de souffre-douleur, de personne sur laquelle on frappe pour se défouler, par plaisir ou juste par pur sadisme. De sa plus tendre enfance à ses envolées lyriques sur TF1, le destin de Christian est en effet frappé du sceau d’un mot, d’un prénom : Thierry. Alors que l’on fête aujourd’hui les 47 ans de l’homme aux trois prénoms, Guy Truite vous propose de remonter le temps, à la source de CJP.

Tout commence à l’école primaire. Christian est un élève studieux et plaisant pour les professeurs mais, une fois les murs sécurisants de la classe quittés, la dure loi de la cours de récré se retournait contre lui. Car Christian n’avait pas beaucoup d’amis. Il faut dire qu’il n’était pas vraiment branché foot à l’époque et qu’avec ses cheveux frisés et ses petites chemises bien repassées, il avait le profil parfait de la victime. C’est à cette époque qu’il fit sa première et inquiétante rencontre avec un Thierry. Thierry Martin. Chahuteur, bagarreur, ce Thierry-là avait le vice. Et Christian d’épouser sa destinée de souffre-douleur. Combien de brimades, de moqueries, de slips tirés, de goûters volés ? Le jeune Jeanpierre fit ainsi l’expérience amère et douloureuse de la vie. Et comprit très tôt qu’il ne ferait jamais parti des puissants sans un coup de pouce du destin.

Heureusement pour Christian vient 1990, année charnière. Diplômé depuis quelques années de son école de journalisme, étant devenu pigiste permanent au service des sports de TF1, Christian, du haut de ses 25 ans, a l’avenir devant lui et l’assurance de celui à qui tout semble réussir. Confiant pour son futur et vivant pleinement son présent pour oublier un peu plus son passé d’adolescent loser, Christian écume les booms et soirées étudiantes à la recherche de la rédemption. Son moment fétiche ? Quand il pouvait se lâcher au son du “Jerk” de Thierry Hazard, le deuxième marquant de son histoire. Certains diront qu’ils étaient aussi fulgurant que le jeune John Travolta. D’autres qu’il était ridicule. Dans tous les cas, il finissait régulièrement torse nu, sa veste de costume à larges épaulettes et son col-roulé Armand Thiery (tiens donc…) jonchant le sol…Il était fier Christian, fier et maigre.

En dehors de cette folie nocturne, Christian fit également la découverte cette année-là d’un tout nouveau jeu télévisé qui deviendra très vite une obsession. Ce jeu, c’est Motus. Son animateur, Thierry Beccaro. Troisième du (pré)nom. Rapidement, il devint un des plus fins joueurs de France, rares étant les mots lui échappant et accidentels les rencontres avec la diabolique boule noire. Malheureusement, le jeu étant diffusé chez l’ennemi du service public, il garda secret cette passion et ce talent singulier, de peur d’être remarqué dans les couloirs de Patrick Le Lay. Blessure restée secrète pour le Billy Elliot du mot à 5 lettres.

Heureusement, à TF1 il côtoie son mentor, son idole professionnelle, son guide spirituel : Thierry Roland. Attiré par le charisme, la gouaille et l’humour de l’acolyte de Jean-Michel Larqué, qualités (toutes relatives) bien loin de son naturel discret et gris, l’apprenti Jeanpierre apprendra énormément aux côtés de la plus sportive des Grosses Têtes. Et bien qu’il subira régulièrement remontrances acerbes et critiques blessantes, lui faisant chaque fois revivre les souvenirs traumatisants de son enfance, il s’accrochera au point de décrocher sa place de commentateur pour la Coupe du Monde de football 1998 et de co-présentateur de Téléfoot. Une consécration et le début d’une ascension fulgurante pour qui aime les émissions de foot sans foot. Pour le plaisir, la rubrique qui l’a fait connaître (ou pas) et l’a rendu crédible au yeux du parrain Roland.

En plus, du succès professionnel, 1998 marquera également un tournant sentimental dans la vie privée du journaliste. Pleinement investi dans l’événement qui allait couronner Zidane and Co, il se laissera tout de même surprendre par la fraîcheur, la vigueur et l’énergie juvénile d’un attaquant antillais répondant au doux nom de Thierry Henry. Sous le charme de la révélation française de cette Coupe du Monde, il restera toute sa vie fidèle à celui qu’il aime appeler Titi et qu’il considère comme le plus grand joueur à avoir porté le maillot bleu. Et le petit short blanc le moulant si bien. Son côté midinette hystérique pré-pubère digne des fans de Justin Bieber ne s’envolera jamais.

L’orgasme ultime aura lieu près de 10 ans plus tard, quand son amour secret rejoindra Barcelone et la doublette Léo Messi – Saméto formant ainsi un threesome qu’il n’aurait pas même pu fantasmer. Il se murmure dans les couloirs de TF1 qu’au soir du 27 mai 2009, il a du s’absenter quelques instants au coup de sifflet final de la finale de Ligue des Champions remportées par le Barça, match qu’il commentait, pour soulager (ou  nettoyer) son trop plein d’émotion. Christian ne triche jamais avec ses sentiments.

Entre-temps, s’il s’est trouvé derrière le micro pour commenter ce match, c’est qu’un an auparavant, il avait repris la place laissée vacante par la disparition du commentateur vedette de TF1, Thierry Gilardi. L’arrivée de l’ancien monsieur foot de Canal+ sur la Une en 2005 avait porté un sérieux coup d’arrêt à la carrière de Christian. Période sombre pour ce dernier qui voyait se personnifier à travers les yeux bleus de la plus célèbre voix du football ses pires craintes. Il se trouvait une fois de plus face à ses limites naturelles et se voyait à nouveau contraint de baisser la tête, maudissant Dieu et la cruauté du destin qu’il lui avait réservé. Jusqu’à ce terrible 25 mars 2008. Marqué par cette disparition, il ne se fera pas pour autant prier pour s’installer solidement à un poste qui semblait lui échapper et auquel il s’accroche toujours. Guy Truite a tout de même assisté à de drôles de célébrations chez Christian Jeanpierre à la date anniversaire de la disparition de son ancien rival…

Mais avec un autre Thierry, il va connaître un retour sur terre des plus violent à l’automne 2011. Au cours de la Coupe du Monde de rugby qu’il commentera avec l’ancien joueur Thierry Lacroix, Christian Jeanpierre subira plaquages, cathédrales et fourchettes de la part de l’ensemble des amateurs de rugby, la faute à ses qualités de Micro de Plomb mal acceptées par les fans d’ovalie. Il se relèvera difficilement des critiques, notamment celles de Jérôme Latta, mais pourra heureusement compter sur la solidarité de la grande famille TF1 avec le sauveur de la veuve et de l’orphelin, l’aventurier Denis Brogniart. Un homme que Christian aura attendu toute sa vie. Il y avait le “J’accuse !” de Zola, il y a désormais le “C’est dégueulasse !” de Brogniart.

Désormais assagi, installé professionnellement, il ne restait plus qu’à Chrstian à trouver enfin l’amour, le vrai, loin des passions destructrices pour des antillais bien montés ou des nains argentins. Les rumeurs font actuellement état d’une relation entre le journaliste français de 47 ans et le jeune chanteur imberbe Thierry Amiel, renforçant encore un peu plus les liens entre la chanson française et le football. Christian vivrait donc désormais par procuration ses rêves artistiques à travers la voix de son ange blond à la destinée biblique et tragique.

Cher confrère, te voilà donc aujourd’hui aux portes de la cinquantaine. Christian, Jean, Pierre, ces prénoms n’ont désormais plus aucun sens pour toi. Tu ne gardes au fond de toi que celui de tes bourreaux, amours et guides, que ces deux syllabes résumant ton destin : Thierry.

SIR GUY

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