Alessandro Nesta ou l’histoire du dernier empereur romain

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Alessandro Nesta fête aujourd’hui ses 36 ans. Comme avec Dirk Kuyt ou Theo Walcott, ce joueur aurait toutes les caractéristiques pour que je n’éprouve pour lui que mépris : italien comme Inzaghi, gominé comme Denis Balbir, ayant joué pour le plus vilain club de son pays, la Lazio, comme Di Canio, champion du monde 2006 face à la France comme Materazzi. Et pourtant, je suis fan du joueur. Parce que Nesta, c’est un peu le George Abitbol du football, le Andrea Pirlo de la défense, le Fernando Redondo d’Italie. Bref, le joueur le plus classe du monde. Retour donc sur la carrière d’un des meilleurs défenseurs de l’histoire.

Lazio Rome : naître, grandir et vaincre

Romain de naissance, Alessandro est d’abord approché par la Roma dès sa plus tendre enfance mais son père, fan de la Lazio, refusera de voir son fils porter les couleurs du club abhorré. En 1985, à tout juste 9 ans, Nesta fils comblera le père en intégrant le centre de formation de la Lazio.  Sans le savoir, un homme seul venait sans doute de décider du destin de la Ville Éternelle.

Ses premiers pas de professionnels auront lieu 8 ans plus tard, en 1993 face à l’Udinese, à tout juste 17 ans. Les premiers succès arriveront avec la venue du coach suédois Sven-Göran Eriksson dans la capitale italienne. Dès sa première saison en 1997-98, la Lazio met fin à 24 ans sans le moindre titre en remportant la Coupe d’Italie pour la deuxième fois de son histoire. A cette époque, Nesta est déjà le capitaine du club à tout juste 21 ans et fait déjà étalage de son sens de l’anticipation, de son intelligence tactique et de sa technique parfaite. Car ce joueur, c’est la preuve qu’on peut être défenseur sans être un bourrin comme Souleymane Diawara, un fourbe comme Lucio ou un écervelé comme Pepe. Et en plus, il a plutôt une bonne gueule (pour celles et ceux qui aiment le style italien).

Cette année aurait même pu être plus belle sans la défaite en finale de Coupe UEFA face à l’Inter de Ronaldo. Ce n’est que partie remise puisque l’année suivante, les Laziales remportent le premier titre européen de l’histoire du club avec la feu Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe chère à Bruno N’Gotty et Yannick Noah. C’est le début de la folie des grandeurs du club romain avec les arrivées de Christian Vieri, Marcelo Salas ou encore Sinisa Mihajlovic.

La conscréation arrivera au cours de la saison 1999-2000 qui verra le club romain remporter le doublé Coupe-Championnat, emmené par une génération dorée autour du capitaine Nesta, composée de Juan Sebastian Veron, Diego Simeone, Pavel Nedved, Dejan Stankovic, Roberto Mancini ou encore des ex-marseillais Alen Boksic et Fabrizio Ravanelli. C’est au cours d’une dramatique 34ème et dernière journée, voyant la Juve perdre dans des conditions extrêmes à Pérouse et la Lazio l’emporter face à la Reggina, que les romains passeront devant les Bianconeri pour s’emparer du titre.

Ce sera malheureusement pour le club le début de la fin. En cette période totalement folle voyant à chaque mercato les records de transfert être battus, la Lazio sera un des acteurs majeurs du marché avec notamment les arrivées de Crespo pour 56 M€ ou encore  Mendieta pour 48 M€. Et malgré les belles ventes réalisées (Vieri à l’Inter pour 47 M€, Veron à United pour 46 M€ ou encore Nedved à la Juventus pour 41M€ !!!), le club romain se verra criblé de dettes et devra au cours de l’été 2002 céder son capitaine et joueur emblématique, Alessandro Nesta, au Milan AC pour 30,5 M€, provoquant colère et grèves des tifosi.

C’est ainsi que celui qui était destiné à être le Paolo Maldini de la Lazio de Rome rejoignit le beau gosse italien dans le club de Silvio Berlusconi. La belle histoire était définitivement terminée et une nouvelle page de sa carrière venait de se tourner, à 26 ans dont 17 années sous les couleurs de la Lazio. Le dernier des empereurs romains (et qu’on ne me parle pas de Totti l’abruti ou de De Rossi le facho) devaient partir pour offrir un avenir à son club de coeur. Et comme un symbole, les succès retournèrent dans le nord de l’Italie après une parenthèse enchantée dans la Ville Éternelle.

Milan AC : l’exode doré

Au Milan, il oubliera vite l’éloignement de sa ville natale. Dès sa première saison, il remporte la Ligue des Champions face à la Juventus aux tirs aux buts, triste finale au cours de laquelle il marquera l’avant dernier penalty pour les Rossoneri. Mais on a surtout l’impression que Nesta est finalement plus à sa place à Milan qu’à Rome. Avec Maldini, Pirlo, Rui Costa et donc Nesta, ce Milan était en effet une des équipes les plus élégantes de l’histoire. Tradition oblige dans ce club habitué à gagner, Alessandro remportera dans la foulée un deuxième championnat d’Italie avant de soulever à nouveau la Ligue des Champions en 2007, deux ans après le terrible accroc d’Istanbul face au Liverpool de Steven Gerrard.

Mais depuis cette époque, les pépins physiques ne le laissent pas tranquille, l’obligeant notamment à une saison blanche en 2008-09. Il a tout de même pu participer au nouveau Scudetto remporté par le Milan l’année dernière. Et si cette année, Mexès et Thiago Silva sont les titulaires en défense centrale, le romain se dirige gentiment vers son 4ème titre de champion d’Italie. Mais même pour les légendes, les années comptent et le spectacle offert cette année en phase de poule de Ligue des Champions face au Barça et Messi montrent que, si Nesta est toujours aussi classe, il n’est plus le joueur qu’il était quelques années auparavant.

Italie : l’oeuvre inachevée

Avec la sélection italienne, il a connu en revanche un destin mitigé. Son duo avec Cannavaro aurait pu être un des meilleurs de l’histoire si le romain n’avait pas eu un destin international frappé du sceau de la malchance. Coupe du Monde 98, il se blesse en n’ayant pu jouer que les matchs de poule. Euro 2000, il est de la finale miraculeuse remportée par la France, le n°13 italien voyant le tir de Wiltord lui passer entre les jambes dans les arrêts de jeu, tout comme le centre en retrait de Robert Pirès au cours de prolongations. Coupe du Monde 2002, il se blesse une fois de plus en phase de poule et voit l’Italie se faire éliminer par la Corée du Sud en huitième de finale. Coupe du Monde 2006, la malédiction continue avec une blessure au cours du dernier match de poule face à la République Tchèque le privant du reste du tournoi et offrant à Marco Materazzi, futur héros de la patrie, une place de titulaire. Au final, l’histoire entre Nesta et la Squadra Azzurra se résume à 78 sélections, très loin des 136 de Cannavaro, beaucoup de déceptions et un titre suprême de champion du monde au goût amer. Injuste pour un tel joueur.

Très cher Alessandro, pour tout cela je t’admire et je te souhaite donc un excellent anniversaire. Avé Nesta !

SIR GUY

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12 réflexions au sujet de « Alessandro Nesta ou l’histoire du dernier empereur romain »

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  4. Totti l’abruti ou De Rossi le facho… Légèrement osé, même s’il est vrai que Totti n’a pas inventé l’eau tiède. Après s’avancer à qualifier De Rossi de facho, je vois pas trop le but ici…

    L’article sur Nesta, rien à dire c’est vraiment bien renseigné, bien dépeint, ça fait plaisir de lire un article sur lui, car c’est vrai qu’il a certainement été un peu trop oublier par certains footix. C’est clair que c’est pas un David Luiz ou un Raul Albiol qui éteindrait Messi comme il l’a fait hier en ligue des champions.

    Ensuite, pour revenir sur le fait que ce soit le seul empereur de Rome. J’espère que cela n’engage que l’avis de celui qui a écrit cet article, et que ça n’engage surtout pas l’avis des romains… Car si c’était le cas, se serait carrément loupé! Les romains, Nesta, ce qui en pensent… Les tifosi de la Roma, pour eux c’est un laziale de merde, et pour les tifosi de la Lazio, c’est surtout un mec qui est parti rejoindre le club du nord, le grand Milan. Donc en terme de popularité, c’est manqué pour Nesta à Rome.
    Cependant, si tu as la chance de mettre un jour les pieds dans cette ville, tu pourras voir, des peintures sur les murs, des noms tagués sur la façade des maisons, et des gens pleurés dans les bars si le numéro 10 de la Roma marque un but ou se blesse… C’est peut-être ça au final être l’empereur de Rome en terme de foot…

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