Teófilo Cubillas, hommage à une légende du football sud-américain

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Les années 70 en football, c’est pour la plupart des gens le triomphe du jeu brésilien, le football total de l’Ajax Amsterdam de Johan Cruyff, la gagne du Bayern Munich de Franz Beckenbauer et le début de la domination britannique sur le continent européen. Et c’est normal. Mais c’est aussi le sens du dribble déroutant, la rapidité balle au pied, les inspirations géniales et le sang-froid devant le but d’un des meilleurs joueurs sud-américains de l’histoire, injustement méconnu, Teófilo Cubillas.

Ok il a un nom improbable. Ok il est péruvien, pays plus réputé pour ses flûtes de pan, ses lamas et son Machu Picchu que pour son football. Mais au cours de cette décennie rêvée, si le Pérou est parvenu à faire jeu égal avec ses illustres voisins brésiliens et argentins, c’est surtout grâce au talent exceptionnel d’El Nene Cubillas. C’est pourquoi, à l’occasion de ses 63 ans, la rédaction de Guy Truite a décidé de rendre hommage à ce joueur ayant marqué plus de buts en Coupe du Monde que Maradona, Rummenigge, Rivelino ou Cruyff.

C’est au cours de la plus prestigieuse des compétitions, là où s’écrit l’Histoire, que Cubillas a dessiné les premiers contours de sa légende, à coup de buts et de dribbles. Et quel plus beau terrain que la plus mythique des Coupes du Monde ? Car c’est lors de la Coupe du Monde disputée au Mexique en 1970, qui verra sans doute jouer la plus belle équipe brésilienne de l’histoire, que le péruvien va se révéler au yeux du monde entier à tout juste 21 ans. A cet âge-là, Cubillas a déjà quatre saisons derrière lui dans son club de l’Alianza Lima avec qui il finit meilleur buteur du championnat lors de sa toute première saison, à toput juste 17 ans. Après avoir déjà éliminé l’Argentine au cours des qualifications pour le mondial, El Nene marquera 5 buts au cours de cette compétition emmenant La Rojiblanca pour la première et dernière fois de son histoire en quart de finale, perdue 4-2 face au futurs champions du monde brésiliens emmenés par Pelé, Rivelino et Jairzinho. Teófilo est un homme qui aime les grands rendez-vous et on aime ça chez Guy Truite.

Il avouera par ailleurs plus tard que son premier but face à la Bulgarie est sans doute le souvenir le plus fort de sa carrière en Coupe du Monde : “Quelques jours auparavant, un tremblement de terre au Pérou avait coûté la vie à 50 000 personnes. Nous avons appris la nouvelle le jour du match. Ça nous a bouleversés. Ce jour-là, nous avons d’abord été menés 0:2, avant de renverser la situation pour gagner 3:2. Nous voulions absolument donner quelque chose au pays. Malgré la tristesse due au tremblement de terre, nous étions incroyablement heureux d’avoir pu offrir un peu de réconfort à nos compatriotes. Ce sont des sentiments difficiles à décrire. » Teófilo est un homme sensible et on aime ça chez Guy Truite.

A l’issu de cette Coupe du Monde, il sera élu meilleur jeune du tournoi et terminera troisième meilleur buteur derrière Gerd Müller et Jairzinho, faisant même dire à Pelé, déjà vainqueur de trois coupes du monde, que le péruvien était son successeur pour les années à venir. Si la prévision du Roi était un peu excessive, chose qui ne s’arrangera pas avec l’âge, les années suivant cette parenthèse mexicaine confirmèrent tout le talent du petit génie péruvien. En 1971, les deux plus grands clubs du Pérou s’allièrent pour former une sélection et affronter les plus grands clubs européens.

Associé à un autre phénomène, Hugo Cholo Sotil, futur coéquipier de Cruyff au FC Barcelone (à lire absolument l’excellent article sur ce joueur dans le n°89 de Sofoot), les péruviens donnèrent la leçon au Benfica d’Eusébio mais surtout au Bayern Munich de Sepp Maier, Franz Beckenbauer et Gerd Müller, au cours d’un match à sens unique remporté 4-1 par les sud-américains, au cours duquel Cubillas marquera deux buts. En 1972, l’ascension continue avec un titre de meilleur joueur d’Amérique du Sud juste devant Pelé, grâce notamment à son titre de meilleur buteur de la Copa Libertadores. Et si la prédiction du brésilien s’avérait finalement juste ?

Malheureusement, le Pérou ne participera pas à la Coupe du Monde 1974 coupant un peu l’élan de Cubillas. Mais l’ascension reprendra dès l’année suivante avec la Copa América 1975. Le Pérou remportera cette 30ème édition avec un Cubillas qui terminera meilleur joueur du tournoi malgré un penalty raté en finale face à la Colombie. A cette époque, le péruvien joue sur le Vieux Continent, d’abord au FC Bâle, club dans lequel il ne restera que quelques semaines, puis au FC Porto. Chez les Dragões, bien qu’il ne remporta aucun titre, il deviendra rapidement l’idole des supporters portugais, terminant capitaine de l’équipe et inscrivant surtout 65 buts en 108 rencontres. Je vous rappelle que Cubillas jouait milieu offensif. Remarquable.

Une nouvelle page de sa légende s’écrira une fois de plus lors de la plus grande des compétitions, la Coupe du Monde 1978 disputée dans l’Argentine de Videla. Il marquera à nouveau 5 buts au cours du tournoi, malgré une deuxième partie de Coupe du Monde voyant la sélection péruvienne s’effondrer. Au classement des buteurs, seul Mario Kempes le devancera. Face à l’Ecosse, il inscrira ce qui reste encore aujourd’hui comme un des plus beaux coup-francs de l’histoire de la Coupe du Monde, d’un subtil extérieur du droit en pleine lucarne. Ce coup-franc qualifié de “parfait” par Zico, un grand spécialiste du genre, sera également un déclic pour le paraguayen José Luis Chilavert qui déclarera avoir “décidé de tirer les coups francs après avoir vu le but de Cubillas”. Teófilo est un homme créatif et on aime ça chez Guy Truite.

Seule ombre au tableau de ce tournoi, la défaite suspecte 6-0 face au pays hôte offrant à l’Argentine une place pour sa finale aux dépens du Brésil, n’empêchant ainsi pas la propagande footballistique du dictateur Videla. Il participera à une troisième Coupe du Monde en 1982 au cours de laquelle il n’inscrira cette fois-ci aucun but et qui verra le Pérou se faire sortir dès le premier tour, matchs qui restent encore aujourd’hui comme les derniers de la sélection au maillot blanc et écharpe rouge en Coupe du Monde.

Entre-temps, le péruvien avait rejoint la North American Soccer League aux Fort Lauderdale Strikers, équipe au sein de laquelle il formera un trio d’attaque aussi légendaire qu’improbable avec Gerd Müller et George Best, l’irlandais ne restant lui qu’une seule saison. Le péruvien terminera lui meilleur buteur de l’histoire du club. Si le prestige est moins grand aux Etats-Unis, la performance est tout du moins symbolique de l’état d’esprit du joueur, ayant toujours joué “par pur plaisir, pour s’amuser”. Teófilo est un homme de plaisir et on aime ça chez Guy Truite.

Au final, lorsqu’il prit sa retraite en 1988, Cubillas avait marqué 268 buts en 469 matchs de Première Division et 26 en 81 sélections avec son pays, faisant de lui le meilleur buteur de l’histoire du Pérou. Et s’il n’a finalement jamais été le successeur de Pelé, le Roi brésilien ne l’a pas vraiment oublié en lui donnant une place de choix dans son classement FIFA 100 des meilleurs joueurs vivants pour fêter les 100 ans de la FIFA. Et de prouver ainsi qu’on peut marquer l’histoire du football sans jouer pour le Real Marid, le Milan AC ou Manchester United et sans gagner de Ligue des Champions.

Pour ceux qui veulent aller plus loin que ce modeste hommage à ce génie du football, je vous conseille le documentaire d’ESPN disponible sur Youtube en 3 parties dont voici la première partie (en espagnol) :

Teófilo est un artiste et on aime ça chez Guy Truite.

SIR GUY

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3 réflexions au sujet de « Teófilo Cubillas, hommage à une légende du football sud-américain »

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