Moi, britannique, footballeur et Ballon d’Or

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Non, la Grande-Bretagne en football, ce n’est pas que kick’n’rush, têtes de Tony Adams, tacles de boucher à la Roy Keane, fighting spirit, Wigan-Swansea sous la pluie, litres de bières et mauvaise bouffe. C’est aussi de somptueux artistes, parfois humble et travailleur comme la bonne classe moyenne, gouailleur, alcoolique et bagarreur comme n’importe quel working class hero, ou propret et bien élevé comme la upper class de Cambridge. Et comme on fête aujourd’hui les 32 ans de Michael Owen (32 ans ! J’ai l’impression que ça fait 20 ans qu’il joue), c’est l’occasion pour moi de revenir sur ces talents d’outre-manche ayant réussi à conquérir le monde au point d’être élu Ballon d’Or.

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1956 : Stanley Matthews (Blackpool)

L’histoire retiendra que c’est un anglais qui remporta la première édition du Ballon d’Or. En plus de se vanter d’être les inventeurs du football, nos voisins britanniques peuvent donc se targuer d’une autre « innovation » dans ce sport. Mais le plus surprenant, c’est que ce joueur ne jouait pas pour United, Arsenal, Chelsea ou Liverpool mais pour l’improbable club de Blackpool ! Soit l’actuel club d’Elliot Grandin, actuellement en Championship (la Ligue 2 anglaise). A l’issue de la saison 1955-56, les Seasiders termineront tout de même 2ème du championnat d’Angleterre, en grande partie grâce à Matthews. Le joueur étonnait surtout par sa manière de jouer, parfaite opposition entre une attitude humble, travailleuse et modeste et un sens du dribble et de l’improvisation unique lui donnant le surnom de The Magician ou encore de The Wizard of the Dribble.

Au point qu’il devancera cette année-là la légende Di Stefano, tout juste naturalisé espagnol par Franco, et le français Raymond Kopa, le premier ayant battu le second en finale de Ligue des Champions pour le premier titre européen du Real Madrid. Kopa rejoindra la saison suivante le club espagnol. Autre particularité de Sir Stanley Matthews, il jouera professionnel jusqu’à ses 50 ans ! Messieurs Giggs, Maldini, Bergomi, prosternez-vous.

1964 : Denis Law (Manchester United)

Seul écossais de l’histoire à avoir remporté le trophée, il sera élu Ballon d’Or 64 devant le grand favori, l’espagnol Luis Suarez, déjà lauréat en 1960 et vainqueur de la Ligue des Champions face au Real Madrid avec l’Inter et de l’Euro avec l’Espagne. Rien que ça. Mais aux titres de Suarez, les journalistes privilégieront le talent, le caractère bouillonnant et l’efficacité du héros maudit de Manchester.

Au cours de la saison 1963-64, même si les Red Devils ne remporteront aucun titre, il éblouira de sa classe les terrains anglais et européens, marquant 46 buts en 41 matchs. Ce sera également la première saison du trio magique de Manchester constitué avec ses coéquipiers Charlton et Best, deux futurs Ballon d’Or.

1966 : Bobby Charlton (Manchester United)

Dix ans après Matthews et 2 ans après celui de son coéquipier en club, Charlton fut donc le deuxième anglais de l’histoire à recevoir le Ballon d’Or. Véritable légende du foot anglais et de United, l’un des survivants du crash de Munich de 1958 ayant frappé les Busby Babes gagnera cette année-là la seule Coupe du Monde de l’Angleterre. Et peu importe que le but de Hurst ait franchi la ligne en finale, Charlton sera lui l’auteur de 3 buts bien valables, dont un doublé en demi-finale face au Portugal.

C’est d’ailleurs un portugais qu’il battra de justesse pour ce Ballon d’Or, le très grand Eusébio, le troisième du classement étant un grand espoir du football allemand de tout juste 21 ans, Franz Beckenbauer, qui connaîtra quelques années plus tard à son tour les honneurs du titre individuel suprême. Charlton, Eusébio, Beckenbaurer. Classe.

1968 : George Best (Manchester United)

La rock star du football. Le Nord-Irlandais, belle gueule et technique hors du commun, était le même sur le terrain comme en dehors : excessif, provocateur, génial et charismatique. L’ailier chevelu participera grandement cette année-là au premier titre européen remporté par un club anglais, marquant notamment le deuxième but de Manchester United en finale face au Benfica d’Eusébio.

Alliant efficacité (32 buts marqués au cours de la saions 1965-66) et spectacle, tout en buvant plus qu’Andy Carrol et Sidney Govou réunis, c’est tout naturellement qu’il devancera au classement son coéquipier, le futur Sir Bobby Charlton, lauréat deux ans auparavant, et le Yougoslave Dragan Dzajic. Les Red Devils pouvaient donc, avec ce triplé réalisé en 6 ans, se vanter d’être à l’époque le seul club à avoir dans ses rangs trois joueurs différents ayant remporté le Ballon d’Or.

1978 et 1979 : Kevin Keegan (Hambourg)

Deuxième joueur de l’histoire à réaliser un doublé après Johan Cruyff, depuis rejoint par Rummennigge, van Basten et Messi, et même dépassé par Platini (auteur d’un triplé entre 1983 et 1985 en attendant Messi…), l’anglais a remporté de manière assez étonnante le Ballon d’Or alors qu’il venait de quitter Liverpool pour Hambourg.

Battu de justesse en 1977 par l’ailier danois de Mönchengladbach, Alan Simonsen, alors qu’il venait de remporter la Ligue des Champions avec les Reds, la légende vivante d’Anfield connaîtra finalement la reconnaissance individuelle de son talent unique en Allemagne. Et comme pour réparer l’anomalie, on a préféré lui en donner deux. La justice n’a pas de prix.

2001 : Michael Owen (Liverpool)

Le héros du jour est donc le dernier britannique à avoir remporté ce Ballon d’Or. Et avec les boulimiques Messi et Ronaldo, il n’est même pas dit que Wayne Rooney puisse un jour lutter, malgré tout son talent. Le petit attaquant de Liverpool profita donc d’une saison 2000-01 un peu folle pour les Reds pour ramener le trophée auprès du peuple scouser à tout juste 22 ans et ainsi effacer la déception Keegan.

Vainqueur cette année-là sous les ordres de Gérard Houllier de la Cup, de la League Cup, du Community Shield, de la Supercoupe d’Europe et surtout de la Coupe UEFA au cours d’une improbable finale remportée 5-4 contre Alavès, l’attaquant révélé mondialement au cours d’un Angleterre-Argentine d’anthologie devancera cette année-là l’éternel non-récompensé, le génial Raul, et le gardien de but allemand Olivier Kahn.

J’aimerais pour finir avoir une pensée particulière pour ces britanniques ayant fini deuxième et qui resteront pour l’éternité à une marche du Hall of fame : Billy Wright (Wolverhampton) en 1957, Bobby Moore (Wet Ham) en 1970, Kenny Dalglish (Liverpool) en 1983, Gary Lineker (Barcelone) en 1986, David Beckham (Manchester United) en 1999 et Frank Lampard (Chelsea) en 2005.

SIR GUY

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