Foot et dictature : l’interview exclusive de Franco par Guy Truite

Franco et Guy Truite

Franco et Guy Truite après que le célèbre journaliste français ait affronté le taureau dans une corrida légendaire à la Plaza de toros Monumental de Las Ventas de Madrid - © GUYPEG

Après l’Italie et Mussolini, la Roumanie et Ceauşescu, je me suis rendu en Espagne pour rencontrer un troisième homme ayant marqué le XXème siècle du fer rouge de la dictature, Francisco Franco. C’est dans l’austère ville militaire d’El Ferrol, en Galice, que je retrouve El Caudillo, plus précisément dans la maison d’enfance qui l’a vu grandir aux côtés de sa mère bien-aimée, Pilar. Fidèle à sa réputation et à son image, l’homme est froid, peu accueillant, donnant presque l’impression d’être timide. Mais ce serait bien mal connaître le personnage que de croire cela. Car, malgré la maladie de Parkinson qui l’affecte depuis 1969, ses propos sont extrêmement clairs et directs, marqués du sceau de l’esprit militaire qui l’a habité toute sa vie.

Guy Truite : Bonjour Señor Franco. Merci de m’accueillir. Avant de commencer, j’ai rencontré récemment votre ami Benito Mussolini et il vous passe le bonjour.

Francisco Franco : Vous avez rencontrez Benito ? Ça ne m’étonne pas, il ne peut s’empêcher de parler dès qu’un journaliste pointe le bout de son nez. Mussolini a été un allié lors de la guerre d’Espagne mais ça na va pas plus loin. Ce n’est pas mon ami.

GT : Bien, passons à notre sujet, le football. Il se dit que vous n’êtes pas vraiment un grand fan du sport mais il y a pourtant de nombreuses histoires vous rattachant à ce milieu. Comment cela se fait-il ?

FF : J’ai toujours eu de l’estime pour l’exercice physique et pour l’esprit d’équipe des sports collectifs. J’y retrouve un peu les mêmes valeurs de discipline, de goûts de l’effort et d’adversité qui ont jalonné ma vie de militaire. En revanche, de quelles histoires parlez-vous ?

GT : Eh bien, ce n’est pas moi qui vais vous l’apprendre mais, lors de la Guerre d’Espagne, Barcelone a été la ville de résistance des républicains, symbole de la lutte contre vous. Il se dit donc que, une fois parvenu au pouvoir, vous avez voulu mettre à genoux la ville catalane, y compris au niveau du football.

FF : (il hausse le ton) Premièrement, je n’ai pas accédé au pouvoir. Je me suis battu pour l’Espagne, pour que ce pays qui est le mien soit mis à l’abri de toute menace communiste. Mon seul but était de redonner à l’Espagne son lustre d’antan, chose que la République n’était pas parvenu à faire. Deuxièmement, si j’ai finalement pris le pouvoir et si j’y ait été maintenu pendant plus de 34 ans, c’est que j’étais naturellement destiné à guider mon pays. Enfin, troisièmement, je ne vois pas pourquoi j’aurais perdu mon temps à mettre mon nez dans les affaires du football. Votre argumentation est dénuée de toute notion stratégique.

GT : Je passe sur les deux premiers points, nous ne sommes pas là pour parler de ça. S’il n’y a pas de preuves matérielles de votre implication, il y a plusieurs éléments troublants. A commencer par l’éxécution du président du FC Barcelone, Josep Sunyol i Barriga, en 1936.

FF : (l’oeil perçant) Le début de votre question est admirable de bêtise. On ne construit pas une argumentation sur des ragots ! Quel militaire auriez-vous fait ? Au sujet de cet homme, je me souviens parfaitement qu’il était proche des communistes et des indépendantistes catalans qui menaçaient l’unité de l’Espagne. Et je vous rappelle également que nous étions dans un contexte de guerre et que je n’avais pas pour habitude de faire des prisonniers. Avez-vous déjà fait la guerre monsieur (il cherche un papier)…Truite ?

GT : Non, j’ai été réformé parce j’ai un pied-bot. Mais revenons à nos affaires. Au-delà de cette execution, vous avez tout de même fait changer le nom du club, imposant la forme espagnole Club de Futbol Barcelona à la forme catalane Futbol Club Barcelona. Ce n’est pas un détail ça ?

FF : Absolument pas. La langue catalane n’a rien à faire en Espagne. La langue officielle est le castillan, y compris pour les équipes de foot, un point c’est tout.

GT : Plus maintenant… Autre élément à charge, peut-être le plus symbolique, le transfert d’Alfredo di Stéfano. Passons sur le détail de la transaction. Il en déboucha cependant une situation assez cocasse : le Real et Barcelone avaient des droits sur le joueur. Suite à une médiation menée par la FIFA et l’ancien président de la fédération espagnole de football, il fut décidé que di Stéfano jouerait deux ans pour le Real puis deux ans pour le Barça. Il resta au final 11 ans au Real et ne joua jamais pour les Blaugrana. Comment expliquez-vous cela ?

FF : (apparemment étonné) Que dois-je expliquer ? Que le CF Barcelone a finalement rejeté cet accord et a cédé ses droits au Real Madrid ?

GT : Ne jouez pas la naïveté avec moi s’il vous plaît, pas vous, pas un Général de l’armée espagnole. Reconnaissez que cette décision est assez surprenante, sachant que l’on parlait du meilleur joueur de foot du monde de l’époque. C’est un peu comme si le Barça décidait aujourd’hui de céder Lionel Messi au Real Madrid. Pouvez-vous nous assurer que vous n’y êtes pour rien dans cette décision, hypothèse soulevée par les nombreux socios du Barça ?

FF : Je ne dois rien aux supporters du CF Barcelone. S’ils veulent fantasmer l’histoire et rejeter la bêtise de leurs dirigeants de l’époque sur moi, ce n’est pas mon problème. Soit-dit en passant, je ne crois pas que di Stéfano regrette son choix non ?

GT : Sûrement pas. Ni le Real. Car di Stéfano marquera plus de 300 buts sous les couleurs madrilènes, remportera 8 championnats d’Espagne et surtout 5 Coupe d’Europe des Clubs Champions, donnant au Real une stature dont le club jouit encore aujourd’hui. Mais quittons un peu le passé pour nous intéresser au présent. L’hégémonie actuelle du FC Barcelone et les revendications d’indépendances catalanes de ses représentants, tels Laporta, Guardiola ou même Xavi, doivent tout de même vous faire un peu mal non ?

FF : Je crois que l’Espagne repart dans une mauvaise direction. Ce parlement, ce drapeau, cette langue…tout cela est très dangereux pour l’unité de l’Espagne. Et l’image extrêmement positive diffusée par les médias de cette équipe de Barcelone est digne de la plus pure propagande.

GT : On voit que vous n’y connaissez rien en football. Si on parle de manière si positive du Barça, c’est juste qu’ils ont la meilleure équipe du monde. Même si je dois bien reconnaître que le reportage de Canal+ sur Messi était digne de la plus ridicule et indécente propagande. Et contrairement à ce que vous dites, l’équipe d’Espagne n’a jamais été aussi forte depuis que le Barça domine le football européen. L’unité si chère à votre coeur ne semble donc pas être si menacée ?

FF : C’est un concours de circonstance heureux pour le football espagnol. Mais à terme, je maintiens que cela est dangereux.

GT : Un mot sur le Real Madrid actuel. Bien que vous vous défendiez d’en être un supporter, cela doit tout de même vous faire plaisir de revoir les Merengue revenir à ce niveau. Et vous ne devez pas non plus être insensible aux méthodes guerrières de Mourinho.

FF : Même si je suis très peu le football aujourd’hui, il est vrai que j’apprécie l’homme Mourinho. Mais ce qui me dérange un peu dans ce Real, c’est le faible nombre d’Espagnol. Fiorentino Perez est sûrement un homme bien pour le Real mais quand je vois que samedi dernier il n’y avait que 4 joueurs du Real contre 7 du CF Barcelone pour affronter l’Angleterre, je ne peux m’empêcher de penser que tout n’est pas parfait.

GT : Pour terminer, un petit pronostique pour le Clasico qui s’annonce dans deux semaines ? 

FF : Je vois le Real l’emporter. L’équipe est bien mieux que l’année dernière et le Barça est en fin de cycle. Je dis 2-0 pour le Real.

GT : Eh bien merci pour votre temps. Je ne vous serre pas la main, j’ai peur de choper votre tremblote et de ne plus pouvoir boire de Ricard sans m’en mettre partout. ¡ Adios !

SIR GUY, à El Ferrol

Sources : Kalebeul, Suite101, « Le temps de Franco » de Michel Del Castillo

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