Ferguson vs. Mourinho : l’amour et la violence

Ce week-end a lieu le premier vrai test pour le Chelsea de Villas-Boa. En déplacement à Old Trafford, les Blues vont affronter une équipe marchant sur l’eau, ayant remporté ses quatre premiers matchs de championnat, marqué 18 buts et restant sur deux cartons consécutifs contre Arsenal et Bolton. Si Chelsea s’accroche, le jeu affiché et l’état de forme de ses joueurs vedettes inquiètent un peu. Mais un exploit au Théâtre des Rêves pourrait changer la donne et réanimer la plus forte rivalité de ces dernières années en Angleterre, fruit du duel tactique et médiatique entre Mourinho et Ferguson. Retour sur les origines de la rivalité United-Chelsea et sur l’histoire passionnée entre ces deux immenses managers.

Car c’est bien d’une histoire d’amour qu’il s’agit entre les deux hommes, mais d’une histoire compliquée et gâchée par les ambitions et les rivalités. Cocktail classique de tout bon soap-opera. En 2004, Ferguson voit débarquer en Angleterre son bourreau européen de l’année précédente, José Mourinho. Le portugais arrive torse bombé après deux triplés retentissants réalisés avec Porto, avec comme chef d’œuvre final une victoire en Champion’s League face à Monaco. Le futur Speical One compte bien profiter de la fortune d’Abramovitch pour rééditer ses exploits en Angleterre. Et très vite la machine se met en route : Petr Cech, Arjen Robben, Paulo Ferreira, Mateja Kezman, Didier Drogba, Tiago et Ricard Carvalho rejoignent Chelsea pendant l’été, le tout pour plus de 100 millions d’euros. United répond principalement avec l’arrivée du prodige anglais révélation du dernier Euro, Wayne Rooney. La guerre est définitivement déclarée, les deux managers rentrant dans un jeu d‘intimidation et de séduction, d’amour et de haine.

Année 1  : la fougue du jeune étalon portugais

La première bataille n’attendra pas puisque, dès la première journée de championnat, les deux équipes se retrouvent à Stamford Bridge. Avec un résultat et un schéma qui allait se répéter : match serré, grande intensité, milieu de United asphyxié et victoire de Chelsea. Le début d’un véritable casse-tête tactique pour Ferguson, qui aura toujours beaucoup de mal à prendre le dessus sur son homologue portugais. Y compris dans les médias, véritable terrain de jeu pour Mourinho. Ce dernier déclenchera véritablement les hostilités après la première manche des demi-finales de Carling Cup opposant les deux clubs, et à nouveau remportées par Chelsea, en déclarant : « Les joueurs de Manchester United sont des tricheurs. Je me rappelle avoir vu Ferguson marcher à côté des arbitres à la mi-temps. Et l’homme en noir est revenu complètement différent en seconde période ». Ambiance.

L’humiliation suprême pour les Red Devils se produira lors de la 33ème journée. A six journées de la fin du championnat, Chelsea est déjà champion, arrogant de facilité et de précocité, à l’image de son entraineur. Les joueurs de United seront obligé d’accueillir leurs adversaires du jour par une haie d’honneur avant de subir une nouvelle défaite sur leur propre terrain. L’amour-propre de Ferguson est atteint, partagé entre la jalousie pour ce nouvel entraîneur à qui tout semble réussir et sa secrète admiration pour lui.

Année 2 : la routine destructrice

Comme dans beaucoup d’histoires, la saison suivante ressemblera beaucoup à la précédente, sans que les intéressés n’y prêtent attention. Mourinho gesticule et parle toujours autant pendant Ferguson rumine et mâche son chewing-gum. Les déclarations par médias interposés se multiplient, la routine de couple s’installe. Chelsea finit pour la deuxième fois consécutive champion avec 8 points d’avance sur United. Mais certains signes montrent tout de même que la situation est en train de changer.

Tout d’abord, Ferguson parvient à se déniaiser en battant Mourinho pour la première fois en sept confrontations (Porto compris) dès la 12ème journée de championnat. Chelsea aura beau se venger au match retour en infligeant un cinglant 3-0 aux Red Devils, le déclic psychologique semble s’être produit chez les mancunien. Ensuite, United parvient à éviter une deuxième année consécutive sans titre, chose jamais arrivée depuis le premier titre remporté par Ferguson avec les Red Devils – une Cup en 1990 – en gagnant la Carling Cup. Enfin, Mourinho délaisse de plus en plus Sir Alex, son attention se tournant vers son ex, Barcelone, qui lui cause beaucoup de torts en Champion’s League.

Année 3 : les rôles inversés

En cette troisième année de relation, les Red Devils se rebellent et parviennent à remporter le championnat d’Angleterre après 3 ans d’abstinence. L’indifférence semble cependant presque s’installer, en témoigne les deux matchs nuls en championnat entre les deux équipes. Cependant, dans un sursaut d’orgueil, Chelsea parvient à remporter la Carling Cup et surtout la Cup en battant en finale…Manchester United. Un espoir semble exister, l’ardeur d’hier ne s’étant pas encore transformée en cendre.

Mais José est de plus en plus contrarié par la coupe d’Europe. Cette fois-ci, l’amant est une personne connue de Ferguson. Il s’agit d’un gros ibérique à bouc, coach de Liverpool. Après quelques chamailleries, Mourinho semble porter plus d’intérêt à ce Rafa Benitez qu’à son vieil écossais. Ferguson ne dit rien, encaisse et savoure sa vengeance. Car cette fois-ci, la haie d’honneur est pour les Red Devils.

Année 4 : la fin de l’histoire

Comme dans toute relation passionnelle, c’est dans l’urgence, le chaos et les larmes que va se terminer cette histoire. Après une ultime confrontation en Community Shield remportée par Manchester United aux tirs aux buts, Mourinho quitte l’Angleterre après seulement six journées de championnat, renvoyé comme un vulgaire Philippe Troussier. Ferguson est sous le choc, crie à l’injsutice pour son meilleur ennemi. Les histoires d’amour finissent mal…

Ironie du sort, le départ du portugais de Chelsea a lieu trois jours avant un déplacement à Manchester. Ferguson, comme pour noyer son chagrin et rendre un ultime hommage à son désormais ex-compagnon, remportera ce match posthume 2-0, victoire la plus large enregistrée face à Chelsea en 4 ans de confrontation. L’histoire retiendra également que Manchester soulèvera à la fin de la saison la Champion’s League, la deuxième de Ferguson, après une victoire sur…Chelsea. Le destin est parfois joueur.

Epiloque : les retrouvailles des amants perdus

Le départ de Mourinho fut finalement salvateur à leur relation, comme si la distance entre les deux leur avait enfin permis d’assumer leurs sentiments. Depuis que José a déménagé en Italie puis en Espagne, les deux tourtereaux multiplient les hommages appuyés et les déclarations d’amour, Ferguson prenant même la défense de Mourinho ces dernières semaines lorsque ce dernier vivait des heures difficiles après une énième défaite face à Barcelone et un doigt baladeur. Même les retrouvailles entre les deux managers en 2009 au cours d’un huitième de finale de Champion’s League entre l’Inter et United, remporté par les Red Devils, furent teintées de romantisme.

Je terminerai avec cet extrait d’une interview de José Mourinho datant d’octobre 2010, véritable déclaration d’amour à son meilleur ennemi : « Parmi tous les entraineurs, je peux dire que Ferguson est mon meilleur ami. J’ai toujours dit qu’il était une des raisons principales au fait que je vienne en Angleterre prendre les rênes de Chelsea. Son enthousiasme pour le football est contagieux, c’est un véritable modèle pour tous les aspirants entraineurs. Quand vous pensez à Sir Alex Ferguson, deux choses vous viennent à l’esprit : il est unique et il a du succès.

SIR GUY

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