L’Angleterre, l’autre pays de la Champion’s League

Demain soir a lieu la finale de la Ligue des Champions version 2010-2011. Après s’être enfin débarrassé de ces interminables clasicos, nous allons pouvoir nous intéresser à la véritable affiche de rêve de cette édition : Manchester United – FC Barcelone. Car si on en a fait des tonnes avec la qualification des catalans, c’est presque dans l’indifférence la plus totale que l’équipe de Sir Alex a atteint a finale qui se déroulera à Wembley. Il est vrai que la confrontation avec Schalke 04 était beaucoup moins sexy. Mais c’est quand même faire un peu injure à un club qui se qualifie pour la 5ème finale de son histoire, la 3ème en 4 ans, avec l’espoir de gagner un 4ème titre, qui le placerait au même niveau que le Bayern Munich et l’Ajax Amsterdam. Une victoire des mancuniens contre Barcelone permettrait également à l’Angleterre de conquérir un douzième titre européen rejoignant ainsi l’Espagne et l’Italie en tête du classement. C’est donc l’occasion pour votre serviteur de revenir sur les clubs anglais ayant remportés cette prestigieuse compétition, faisant passer un club du statut de grand club à celui de très grand club. N’est-ce pas Leeds, Arsenal et Chelsea ?

Liverpool : 5 titres

Le Liverpool FC est le club anglais le plus européen. Avec 5 titres, seuls le Real Madrid et le Milan AC ont fait mieux. La première Ligue des Champions arriva cependant assez tard sur les bords de la Mersey, en 1977, époque à laquelle le Real, le Bayern, l’Inter, le Milan AC et Benfica avaient déjà remporté plusieurs fois la compétition. Il déclencha une véritable période dorée pour le football anglais qui verra ses clubs remporter 7 titres européens en huit ans.

– 1977 : l’année de la mort du King Elvis Presley et de l’émergence du punk avec les sorties du “Never Mind the Bollocks” des Sex Pistolsls et du “The Clash” du groupe éponyme, les Reds, emmené par leur légendaire n°7, Kevin Keegan, remportèrent leur premier titre à Rome, face à l’imprononçable club allemand du Borussia Mönchengladbach. Face au club du futur sélectionneur allemand vainqueur de l’Euro 96, Berti Vogts, les nouveaux champions d’Angleterre s’imposèrent 3-1, grâce à des buts de McDermott, Smith et Neall sur penalty, score plutôt flatteur au vu de la domination allemande. Cette année, seul Manchester United les empêcha de remporter un triplé historique en les battant en finale de la Cup.

– 1978 : pendant que le monde entier se prenait pour John Travolta et Olivia Newton-Jones avec l’adaptation cinématographique de “Grease”, Liverpool parvenait à conserver son titre malgré le départ de Keegan pour Hambourg à l’intersaison. Une habitude à l’époque où l’Ajax Amsterdam et le Bayern Munich avaient successivement réalisé un triplé dans cette compétition entre 1971 et 1976. Comme les clubs sont bien plus grands que les joueurs, c’est le nouveau n°7 de Liverpool, le futur héros du peuple scouser Kenny Dalglish, qui inscrivit le seul but du match face au FC Bruges à Wembley, empêchant les belges de prendre leur revanche sur la finale de coupe UEFA déjà perdue face aux Reds deux ans plus tôt. La Belgique qui connaîtra quelques mois plus tard un autre drame avec la mort du grand Jacques Brel.

– 1981 : après avoir laissé le devant de la scène à un autre club anglais que l’on présentera plus bas, Liverpool remporta une troisième couronne européenne face au Real Madrid au Parc des Princes. Les Reds, toujours emmenés par Dalglish, Neal et Souness, battirent le club du roi sur le plus petit des scores grâce à un but tardif d’Alan Kennedy. A noter la présence dans les rangs espagnols de deux futurs sélectionneurs de la Roja, José Antonio Camacho et Vicente Del Bosque. Le bonheur des uns faisant le malheur des autres, ce 3ème titre correspond également à l’année de décès d’une 3ème idole, Bob Marley. Une malédiction ?

– 1984 : année encore noire pour la musique avec la mort de Marvin Gaye, tué par son pasteur de père de 2 balles. Nullement atteint par la poisse que semblent porter leurs succès sur le monde artistique, Liverpool retrouvait le terrain de son premier exploit, le stade Olimpico de Rome. Sauf que cette fois-ci, ils affrontaient le club hôte, l’AS Roma. Et ce fut bien plus compliqué qu’en 1977, la victoire se dessinant au tirs au buts après un score de parité 1-1 après les prolongations. Cette séance de penalty fut marqué par le jeu de jambe très particulier du gardien de but du club anglais, Bruce Grobbelaar, qui y gagnera le surnom de “jambes spaghetti”, et qui sembla complétement perturber les italiens qui virent 2 de leur tirs au buts partir dans les tribunes. Technique que l’on reverra, avec le même succès, 21 ans plus tard chez Jerzy Dudek…

– 2005 : 20 après le drame du Heysel en finale de Ligue des Champions face à la Juventus, Liverpool retrouvait un club italien à ce stade de la compétition le grand Milan AC. Ce match est sans aucun doute un des plus renversants de l’histoire. Les Rossoneri, emmenés par Maldini, Kaka, ou encore Crespo, menaient 3-0 à la mi-temps. Il semblait impossible qu’un club qui titularisait Djimi Traoré en finale de coupe d’Europe puisse revenir au score. Le modjo européen des Reds semblait avoir disparu, preuve en est, Pierre Bachelet fut le seul chanteur connu mort cette année-là. Après Elvis, Brel, Bob Marley et Marvin, Gaye, ça faisait tâche (sans faire injure à la population lensoise que la rédaction apprécie). C’est pourtant ce qui se produisit grâce à des buts de Gerrard, Smicer et Xabi Alonso en deuxième mi-temps. La prolongation fut tout aussi incroyable, Jerzy Dudek, le gardien polonais des Reds, écoeurant le ballon d’or en titre, l’ukrainien Andrei Shevchenko, jusqu’à arrêter son ultime penalty lors de la séance de tirs aux buts. Séance qui vit le fantôme du Spaghetti Legs de 1984 renaître, au grand dam de Serginho, Pirlo et Shevchenko. Le miracle d’Istanbul eut donc lieu et le “You’ll never walk alone” fut rarement aussi beau que ce soir-là.

Manchester United : 3 titres

Sir Alx Ferguson est enfin parvenu à dépasser Liverpool sur le sol anglais avec un 19ème titre de champion remporté cette année. Mais il est encore loin d’avoir atteint l’excellence des Reds en coupe d’Europe. Cette année, il a la possibilité d’offrir sa 4ème Ligue des Champions à Manchester, se rapprochant à une seule petite marche de ses ennemis initimes. L’enjeu est de taille pour un club n’ayant pas le palmarès européen correspondant à son tanding, en comparaison du Real Madrid ou du Milan AC.

– 1968 : au cours d’une année magique pour la musique avec les sorties du double blanc des Beatles, du “Beggar’s Banquet” des Stones ou encore du “Electric Ladyland” de Hendrix, c’est la plus rock star des footballeurs, George Best, qui offrit à Manchester et à l’Angleterre sa première Ligue des Champions. Opposé en finale au Benfica de Eusebio, déjà vainqueur 2 fois de la compétition, et bien qu’amputé du troisième membre de son trio magique Denis Law blessé, les Red Devils, en bleu ce soir-là, parvinrent à l’emporter 4-1 après une première mi-temps des prolongations fatidiques pour les portugais, les anglais marquant trois buts par l’intermédiaire de Best, Kidd et Charlton, qui s’offrait lui un doublé. Dix ans après le drame de Munich, Sir Matt Busby pouvait soulever le plus pretigieux des titres européens et faire  définitivement entrer United dans la légende.

– 1999 : pendant que Lou Bega, Larusso et Eiffel 65 se battaient en tête des ventes de single (pauvre France), Manchester United eut le bon goût de nous proposer, pour son retour au plus haut niveau européen, une finale légendaire. Récents vainqueurs du championnat d’Angleterre et de la Cup, les anglais se rendaient à Barcelone dans l’espoir de réaliser un historique triplé face au Bayern Munich. Privé de Scholes et Keane au milieu de terrain, les Red Devils furent dominés tout au long de la partie, qui avait déjà bien mal commencé avec le but sur coup-franc de Mario Basler dès la 6ème minute. Mais dans un avant-goût de la finale de l’Euro 2000, les mancuniens, grâce à leur 2 supersubs Teddy Sheringham et Ole Gunnar Solskjaer, réussirent à renverser la tendance dans les arrêts de jeu sur corners. Samuel Kuffour pouvait bien imiter le Basile Boli de 1991, Lothar Matthaüs ne remporterait jamais cette compétition. En même temps, avec 3 représentants de l’équipe-type du IIIème Reich (Effenberg, Jancker, Kahn, plus l’horrible Jeremies), il était préférable que ce soit le glamour David Beckham qui soulève la coupe.

– 2008 : dans une finale 100% anglaise, Manchester United retrouvait son nouvel ennemi favori, le Chelsea de Abramovitch. Déjà à la lutte pour le titre de champion d’Angleterre, ces deux équipes s’affrontèrent en terrain pas si neutre, à Moscou, dans le pays d’origine du président milliardaire du Chelski. Cette finale fut la consécration de l’année exceptionnelle de Cristiano Ronaldo, auteur de 41 buts toutes compétitions confondues avant cette ultime rencontre. Buteur en début de match sur une tête parfaite, il manqua son penalty lors de la séance de tirs aux buts devant départager les 2 équipes, comme tout grand joueur qui se respecte (cf. jurisprudence Roberto Baggio). Mais le capitaine de l’équipe londonienne John Terry envoya le penalty de la victoire sur le poteau après une glissade et van der Sar se chargea ensuite de punir définitivement la nonchalance d’Anelka en arrêtant son tir au but. Come on United !

Nottingham Forest : 2 titres

La formidable épopée de l’équipe de Nottingham est à mettre sur le compte d’un coach incroyable, Brian Clough, et de son assistant, Peter Taylor. Ayant repris l’équipe de Robin des Bois en 1975 au fin fond de la deuxième division anglaise, ils réussirent le tour de force de remporter le championnat dès 1978 et ainsi se qualifier pour la plus prestigieuse des coupes européennes. Coutumiers du fait, les deux compères avaient déjà transformé quelques années plus tôt le méconnu club de Derby County en champion d’Angleterre. Animé par une haine farouche du Dirty Leeds des années 60-70, Brian Clough se rêvait de réussir là où Don Revie, l’ex-coach de Leeds, avait maintes fois échoués, notamment en 1975 en finale face au Bayern Munich.

– 1979 : alors que le paysage musical anglais se déplaçait vers Manchester avec la sortie du génial “Unknown Pleasures” de Joy Division, le centre de gravité du foot british allait lui passer de Liverpool à Nottingham via Munich. Car c’est dans le stade du Bayern, comme un premier pied de nez du destin envers Revie, que les hommes de Clough retrouvèrent le club de Malmö dans une finale tout à fait improbable de nos jours. Le match fut franchement ennuyeux, la faute en partie aux suédois regroupés en défense. Un des seul éclairs vint de Trevor Francis. Le premier joueur à 1M£ de l’histoire marqua le seul but du match juste avant la mi-temps. Brian Clough tenait enfin son exploit et sa revanche sur Leeds United.

– 1980 : non-contents d’être enfin parvenu à remporter un titre européen, faisant de Nottingham le 3ème club anglais à réaliser cette performance, Clough et ses hommes remirent cela l’année suivante pour réaliser l’exploit de conserver leur titre et faire ainsi entrer Nottingham dans un cercle très fermé de clubs aux côtés du Real Madrid, du Benfica, de l’Inter Milan, le Milan AC, le Bayern Munich, l’Ajax Amsterdam et Liverpool. Coïncidence ou pas, la malédiction Reds sembla à nouveau s’abattre sur le monde de la musique : Bon Scott, Ian Curtis, John Bonham, John Lennon et même Joe Dassin disparurent cette année-là. Les anglais s’imposèrent une nouvelle fois par le plus petit des scores face au Hambourg de Magath et Keegan grâce à un but de Robertson à la 21ème minute. Brian Clough rentrait ainsi définitivement dans la légende. Nottigham Forest, qui est depuis le seul club européen à avoir la particularité d’avoir remporté plus de Ligue des Champions que de championnat, se trouve désormais bien loin des étoiles bien qu’il se batte cette année pour accéder en Premier League et quitter la boueuse deuxième division anglaise.

Aston Villa : 1 titre

L’actuel club de Gérard Houllier et Jean II Makoun est aussi le 4ème et dernier club anglais à avoir soulevé la coupe aux grandes oreilles. Rien que d’y penser, les supporters d’Arsenal et de Chelsea doivent être fous.

C’est en 1982, année de la sortie du “Thriller” de Michael Jackson, que le club de Birmingham perpétua la grande tradition anglaise dans cette Ligue des champions, cette perfide Albion ayant remporté les 5 dernières éditions. Et si les Villains étaient novices à ce stade de la compétition, ce n’était absolument pas le cas de son adversaire. Le Bayern Munich avait en effet déjà remporté à trois reprises le trophée, ce qui n’empêcha par les coéquipiers de Rummenigge de s’incliner 1-0 sur un but du n°9 anglais, Peter White. Si les supporters de Villa parlaient français, ils pourraient, en souvenir de cette coupe qu’ils ne sont pas prêts de revoir, beugler le refrain de “J’ai encore rêvé d’elle” du groupe Il était une fois, dont la chanteuse à la voix stridente Joëlle Morgensen disparut l’année de leur sacre. “If I could wake up beside her…

Sir Guy

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