De Hillsborough à Ryan Giggs, 10 ans de demi-finale de Cup

Pendant que le monde du foot se paluche sur le Clasico à venir (quel intérêt peut-on trouver à un match qui va se répéter 4 fois en moins de 3 semaines et dont la dernière opposition fut si déséquilibrée qu’elle se termina sur un 5-0 ?), un derby mancunien se profile samedi après-midi en demi-finale de la très noble coupe d’Angleterre, cette fois-ci en terrain neutre (règle de la compétition). J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de cette confrontation dans un article précédent, c’est pourquoi je ne vais pas vous parler spécifiquement de ce match, même si les retrouvailles de l’acrobate Rooney contre les Citizens vont sûrement être électriques. Je préfère profiter de cette occasion pour revenir sur 5 événements qui ont marqué les 20 dernières années, plus précisément la décennie 1989-1999, d’une compétition qui a toujours eu une aura et une histoire particulière. Au programme : Liverpool, Ferguson, Gascoigne, Waddle et Giggs. What else ?

1989 : Liverpool encore endeuillé

Nous sommes le 15 avril 1989, à Sheffield, au stade Hillsborough, antre de Sheffield Wednesday. Liverpool, club phare des rudes années 80, champion en titre et à la lutte avec Arsenal pour conserver son bien (qui sera perdu à la différence de buts lors de la dernière journée, à Anfield, à cause d’une défait 2-0 contre…Arsenal !), affronte Nottingham Forrest, autre club marquant de l’époque emmené par le génial Brian Clough, qui remporta avec ce club deux Coupes d’Europe des Clubs Champions consécutives en 1979 et 1980.

Cette confrontation est attendue par tous les supporters, qui plus est dans un stade réputé pour être un des meilleurs. Les pubs se remplissent de rouge, les ventres de bière. L’après-midi s’annonce belle. Afin de prévenir tout débordement, la police décide de placer les supporters de chaque équipe dans des tribunes opposées, mais n’ayant pas la même capacité. Ceux de Nottingham héritent ainsi de 21 000 places alors que ceux de Liverpool sont limités à 14 000. Problème : c’est près de 25 000 supporters des Reds qui se sont rendus au stade, bien décidés à s’inviter à la fête.

C’est donc près de 10 000 personnes qui se pressent contre les portes du stade au coup d’envoi. Après quelques minutes de jeu, la police décide d’ouvrir les portes du stade afin de disperser ces milliers de personnes sur le terrain et ainsi éviter un accident. Mal orienté et encadré, 5 000 d’entre eux se dirigent dans la tribune réservée aux fans de Liverpool, déjà comble. C’est ainsi que des milliers de supporters se retrouvent plaqués contre les barres de fer placées entre les tribunes et le terrain, certaines personnes tentant de sauter dans la tribune du dessous pour éviter de se faire écraser. Ironie de l’histoire, ces barres de fer avaient été mises en place par sécurité et pour lutter contre le hooliganisme…Elles furent la potence de dizaines de supporters. Plus exactement 96, pour la plupart morts d’asphyxie, faisant du drame d’Hillsborough le plus meurtrier dans l’histoire du football anglais. Cela faisait 6 minutes que le match avait débuté. A ces 96 morts, dont 94 sur le coup, signe de la puissance du choc, s’ajouta plus de 700 blessés, dont certains très graves. A peine 4 ans après le dame du Heysel, les supporters de Liverpool se retrouvait une fois de plus au centre d’un événement tragique.

Le choc provoqué par la catastrophe obligea le ministre de la justice de l’époque, Peter Taylor, à ordonner une enquête. Le sous-effectif des services de sécurité ainsi que les dispositifs anti-hooligans furent montrés du doigt, la foule et le degré d’alcool des supporters de Liverpool étant jugés comme facteurs aggravants mais pas déterminants. Cette enquête modifia en profondeur les mesures de sécurité dans les stades anglais qui obligea, notamment, les clubs à construite des stades uniquement avec places assises. Les joueurs de Liverpool furent exemplaires lors de cette période, emmenés par leur entraineur Kenny Dalglish, en assistant à un grand nombre de funérailles. Cette sincère attention, au-delà du fait que cette équipe fut la dernière digne du grand Liverpool, fit définitivement entrer King Kenny dans la légende et le coeur des supporters.

Pour revenir au football et terminer cet épisode sur une note plus gaie, le match fut rejoué à Old Trafford et Liverpool l’emporta 3-1. Comme un symbole, la finale opposa les Reds à l’autre club de Liverpool, Everton. Une victoire 3-2 et un doublé de Ian Rush plus tard et les joueurs rendaient le plus bel hommage à leurs supporters disparus. Pour le plaisir de revoir la plus belle moustache de l’histoire du foot anglais, la vidéo de la finale :

1990 : et Ferguson sauva sa tête…

Au cours de la saison 1989-90, Ferguson connu sans doute une de ses pires années à la tête de Manchester United. Une des pires et aussi une des plus fondatrices. Largués en championnat (United finira 13ème, à 31 points de Liverpool…), sans titre depuis l’arrivée de l’écossais à la tête du club en 1986, les mancuniens se retrouvent sous le feu des critiques, Ferguson en première ligne. La demi-finale de Cup contre la modeste équipe de Oldham Athletic, club de deuxième division, est donc l’occasion rêvée pour eux d’enfin atteindre une finale et espérer un titre.

Mais, le match est plus disputé que prévu et se termine sur un score nul de 3-3 après prolongations. La règle en Angleterre voulant que le match soit rejoué en cas d’égalité, il le fut 3 jours plus tard, avec au bout une difficile victoire 2-1 grâce à un but de Mark Robbins à la 114ème minute. C’est donc sans gloire que United se retrouve en finale. Et comme un coup de pouce du destin à Ferguson, en lieu et place de l’ogre Liverpool, c’est finalement Crystal Palace qui se qualifia pour la finale dans l’autre match au terme d’un match épique remporté 4-3.

Les Mark Hughes, Paul Ince, Bryan Robson et autres Steve Bruce ne laissèrent pas passer l’occasion, non sans difficulté, et offrirent à leur entraîneur le premier titre d’une longue liste. Et cette année-là, les dirigeants mancuniens ont sans doute pris la décision la plus intelligente de leur vie…

1991 : le coup de canon de Gascoigne

Si en 2011, le derby de Manchester est à l’honneur à ce stade de la compétition, 20 ans plus tôt, c’est un derby londonien qui se déroula à Wembley. Arsenal retrouvait son meilleur ennemi, Tottenham, pour un des derbys les plus chaud de la capitale.

Dès la 5ème minute, le gros Gazza, pépite mal dégrossie du foot anglais, hooligan avec du talent, père spirituel de Wayne Rooney, marqua un des plus beaux buts de la compétition. Si l’ami Paul marquera un but encore plus beau 5 ans plus tard lors de l’Euro 96 sur ce même terrain de Wembley contre l’Ecosse,  celui-ci est peut-être encore plus important du fait du contexte et de l’adversaire. Car 5 minutes plus tard, son compère, l’élégant Gary Lineker doublait la mise, s’offrant même un doublé en fin de match après la réduction du score des Gunners. Au-delà de la qualification en finale (qui sera d’ailleurs remportée par Tottenham 2 buts à 1 contre Nottingham Forrest), les Spurs privèrent surtout les Gunners d’un doublé historique, exploit qu’il n’avaient réalisé qu’en 1971.

1993 : derby-finales

En 1993, c’est 2 derbys qui se jouent en terrain neutres. Arsenal-Tottenham, encore une fois, et le derby de Sheffield entre Sheffield Wednesday et Sheffield United. Je vais passer rapidement sur l’opposition londonienne, les Gunners prenant leur revanche sur 1991 grâce à un but de Tony Adams.

L’autre demi-finale oppose donc les 2 clubs de Sheffield, assez méconnus en France mais véritables institutions en Angleterre. A la fin du XIXème et au début du XXème siècle, ils remportèrent à eux deux 3 titres de champion et 4 coupe d’Angleterre. Leur opposition est donc un véritable événement historique qui sent bon les années 1900, Gustave Eiffel, l’élégance désuète de la moustache et l’Impressionisme. Pour les lecteurs marseillais du blog, ce match a également une saveur nostalgique puisque c’est l’occasion de revoir Magic Chris en action. Car au cours de l’été 1992, l’anglais quitta l’OM, après 3 années de légende, pour lui comme pour le club, pour rejoindre Sheffield Wednesday. De retour dans son pays d’origine, le plus fameux mulet de l’histoire du foot participe donc à cette demi-finale de Cup, trois jours avant que ses anciens coéquipiers marseillais ne jouent un match décisif contre les Glasgow Rangers en Coupe d’Europe des Clubs Champions.

Chris Waddle, cheveux courts, non seulement joue ce match mais marque un sublime coup-franc dès la 2ème minute de jeu (à voir à 7:00 dans la vidéo ci-dessous). Son équipe l’emporte finalement 2 buts à 1. Malheureusement pour lui, Sheffield Wednesday finit la saison en délicieux looser, perdant la finale de la Cup et la finale de la Coupe de la Ligue, par deux fois contre Arsenal, par deux fois sur le score de 2-1. Pendant que Marseille remportait le premier titre européen de l’histoire du foot français…(et le dernier, la Coupe des Coupes n’a aucune valeur à mes yeux, n’en déplaise aux parisiens et à Bruno N’Gotty).

1999 : le slalom de Giggs pour un triplé

La saison 1998-1999 fut celle de United, irrésistibles Red Devils remportant Championnat d’Angleterre, Coupe d’Angleterre et Ligue des Champions. Emmenés par une génération dorée composée de David Beckham, Ryan Giggs, Paul Scholes, Roy Keane, les vilains frères Neville – et soutenue par des joueurs fantastiques tels Dwight Yorke, Andy Cole, Teddy Sheringham, Ole Gunnar Solskjaer, Peter Schmeichel, Denis Irwin ou Jaap Stam (je passe sur Jordi Cruyff…)- United écrivit une des plus belles pages de sa déjà riche histoire. Et cette équipe de légende marqua sa saison de légende par une demi-finale de Cup de légende avec un but de légende de son légendaire ailier gallois. La frénésie du supporter semble l’emporter sur la qualité de mon article. Je vais essayer de me ressaisir.

Après un 0-0 lors de la première opposition, le replay de ce match accouche d’une tout autre opposition. A l’ouverture du score (déjà pas dégueulasse) de David Beckham, l’esthète Dennis Bergkamp répond à la 69ème minute pour l’égalisation, d’une frappe lointaine. Les vingt dernières minutes sont complètement folles.

Anelka croit donner l’avantage aux Gunners mais son but est refusé pour position (justifiée) de hors-jeu, les joueurs d’Arsenal le réalisant après plusieurs minutes. Roy Keane se fait ensuite expulser pour un 2ème carton jaune suite à un tacle made in Roy sur Overmars. Alors que le match se dirige vers les prolongations, Phil Neville accroche Ray Parlour dans la surface et provoque un penalty contre son équipe à quelques minutes du terme. Mais ces Red Devils sont  insubmersibles. Le géant Peter Schmeichel sort  magnifiquement le tir de Bergkamp avant d’haranguer les joueurs venant le féliciter à aller plutôt vers l’avant. Putain de leader.

Et à la 109ème minute, un but venu de nulle part qualifie United pour la finale. Ryan Giggs récupère la balle dans son camp, remonte tout le terrain, transperce la défense d’Arsenal comme un couteau dans du pudding avant de fusiller Seaman sous la barre. Messi peut aller se rhabiller, Giggs est le plus grand (en plus il a des poils au torse). Manchester réduit à 10 vient de se qualifier pour la finale, premier étage de la fusée triplé. Je prends mon pied à chaque fois que je regarde cette vidéo :

Sir Guy

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6 réflexions au sujet de « De Hillsborough à Ryan Giggs, 10 ans de demi-finale de Cup »

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