1994-95 : Britpop, dance and Blackburn Rovers

1994-95. Alors que l’on se remet tout juste du suicide de Kurt Cobain, la perfide Albion repeint les oreilles et les radios du monde entier aux couleurs de l’Union Jack grâce à la Britpop insolente de Blur, rock’n’roll d’Oasis et dandy de Pulp. La France, elle, conserve sa douteuse exception culturelle en lui préférant l’improbable sensualité rousse (et donc son âme) d’Axelle Red, la ritournelle faussement enfantine de Billy Ze Kick et les bégaiement du moustachu Scatman. Côté 7ème art, le monde sans exception tombe sous le charme du surestimé « Forrest Gump », auréolé de 6 Oscars (malgré Pulp Fiction, Ed Wood et Les Évadés – enfin, je n’ai pas vu ce dernier mais on ne m’en a dit que du bien). L’histoire extraordinaire du simple d’esprit originaire du Tennessee émeut également la France bien-pensante, qui n’oublie pas ses bonnes vieilles habitudes avec la comédie post-coloniale “Un indien dans la ville” (quelqu’un a des nouvelles de Tonton David ?) et la chronique meurtrière du génie supposé du cinéma français, le (futur) gros Luc Besson. Voilà pour le décor.

Niveau foot, le championnat anglais va connaître une année historique. Après deux années de domination nationale de Mancheter United – le début de l’ère Ferguson et de la légende Cantona, nommé meilleur joueur de la saison 1993-94 – les surprenants Blackburn Rovers vont être sacrés champion d’Angleterre, emmenés par un duo d’attaque fish ‘n’ chips, Alan Shearer et Chris Sutton, et coaché par une légende des 80’s made in Mersey, Kenny Dalglish. Pour les fans de Blackburn du blog (il y en aura un jour), tous les buts de la saison :
Chris Sutton et Robbie Fowler, hommes forts du début de saison

Tout débute à l’été 94. Les Rovers, vice-champion de l’exercice précédent, vont faire sensation en signant le prometteur Chris Sutton en provenance de Norwich City pour un montant record de 5 M£. Il se signalera rapidement par un triplé dès la 2ème journée de championnat face à Coventry. Ce mercato plutôt calme verra aussi l’arrivée de Jurgen Klinsmann à Tottenham, l’Allemand quittant les rivages ensoleillés de la principauté de Monaco pour la grisaille londonienne, ainsi que le transfert d’un des membres du Crazy Gang de Wimbledon, le très élégant John Fashanu, en direction d’Aston Villa.

Dès la début de la saison, Manchester United et Blackburn vont faire la course en tête, rappel de la rivalité née l’année précédente. Les Red Devils, malgré une victoire 5-0 dans le derby de Manchester et un très convaincant 4-2 sur le terrain de Blackburn, reste à la deuxième place derrière les Rovers, Liverpool et les surprenants promus de Nottigham Forrest s’accrochant derrière. Les Reds vont d’ailleurs au cours de cette année assister à l’éclosion d’une future légende controversée du club, Robbie Fowler. Ce dernier, jeune produit 100% scouser de 19 ans, n’était pas encore impliqué dans les histoires de baston, d’alcool et de cocaïne lorsqu’il se révéla au grand public en signant un fantastique triplé en moins de 5 minutes face à Arsenal (voilà un garçon qui mérite un article). Les images pour les nostalgiques (notez la présence dans cette vidéo d’un autre fameux spice boy, Steve McMananman et sa coupe au bol Simply Red) :

Andy Cole, Eric Cantona et kung-fu

Le mois de janvier 1995 fut un tournant important de cette saison principalement grâce à Manchester United. L’année débute bien pour Fergie puisqu’il parvient à faire signer la star des ennemis de Newcastle, Andy Cole, pour un montant record de 7 M£, effaçant celui de Sutton, comme un message adressé à Blackburn (la rivalité est aussi économique). Mais, le 25 janvier 1995, le teint rougeâtre du pas encore Sir Alex pâlit au cours d’un match à Crystal Palace. La raison ? Le génial Eric Cantona se prend pour Jackie Chan (désolé, ma seule référence en arts martiaux) en allant éxécuter un supporter malpoli d’un improbable tacle aérien mal maîtrisé à la réception douteuse (dédicace à Brian Joubert).

Si la note artistique n’est pas bonne, le mal est fait. United n’attend même pas la décision de la fédération et suspend Eric the King jusqu’à la fin de la saison. Le frenchie écopera finalement de 8 mois de suspension. La voie est donc toute tracée pour Blackburn. Sauf qu’aux valises de buts marqués par Alan Shearer – qui finira la saison avec 34 buts et le titre de meilleur joueur – la recrue hivernale de United répond en faisant mieux que compenser l’absence de Cantona, avec notamment 5 buts marqués contre Ipswich lors d’une victoire 9-0. Le mano a mano se poursuit donc jusqu’à la dernière journée, au cours de laquelle Blackburn s’empare définitivement du titre grâce à l’incapacité de United de battre West Ham.

Et les autres clubs ? Nottigham Forrest, tout frais promu, reste la surprise de cette saison en complétant le podium, reléguant Liverpool à la 4ème place, malgré les 25 buts marqués par le meilleur espoir du championnat, Robbie Fowler. Chelsea est encore à l’époque une équipe moyenne, terminant une saison sans intérêt à la 11ème place, uniquement marquée par la condamnation à 3 mois de prison avec sursis de leur milieu psychopathe Dennis Wise pour avoir tabassé un malheureux chauffeur de taxi. A la 12ème place, on retrouve un autre club londonien, Arsenal, qui connaît lui une saison historique, mais dans le mauvais sens du terme. Le coach légendaire George Graham est en effet viré en février, après 8 années passées à la tête du club et 6 trophés majeurs remportés (2 championnats, 2 League Cups, 1 FA Cup et 1 Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe), suite à des scandales de commission de transfert, ce qui préparera le terrain à un certain Arsène Wenger, qui prendra les rênes du club au cours de la saison 1996-97.

Après cette saison, les titres de champion seront seulement partagés entre 3 clubs (série en cours), preuve du tour de force des Rovers : Manchester United (9 titres), Arsenal (3 titres) et Cheslea (3 titres). Ce sera également la dernière saison en carrière de 2 grands attaquants anglais, Gary Lineker et Glen Hoddle et la première saison de 2 jeunes pousses du centre de formation mancunien : le teigneux Paul Scholes et le vilain Phil Neville. On se quitte sur une image symbolique de cette période : Liam Gallagher, Damon Albarn et un terrain de foot.

 

Sir Guy

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