Avant d’être un sandwich tomate-mozza chauffé, Panini évoque pour plusieurs générations, dont la mienne, des souvenirs d’enfance émus. En ces temps-là, on écoutait la musique avec un walkman, on portait des chaussures « gonflabes » (même si beaucoup d’entre nous ne savent plus trop si ce truc marchait vraiment), on mangeait des Frosties au petit dej et Kevin Costner était la plus grande star du monde.
Mais des milliers de garçons comme moi avaient un but dans la vie, un vrai projet qui nous trottait dans la tête du soir au matin comme une quête du Graal : finir l’album de foot Panini de la saison. Un vrai travail de longue haleine, construit méticuleusement dans une économie collaborative d’achat et d’échanges. Les papeteries de quartier ne se sont jamais aussi bien portées. Et nos mères avaient compris comment nous rendre heureux avec 10 francs quand elles venaient nous chercher à l’école : en nous offrant un ou deux de ces précieux paquets de vignettes.
Cette passion nous a appris plusieurs choses :
1/ Le nom de notre marchand de journaux
2/ Le système du troc, la base historique des échanges commerciaux
3/ Accepter la déception et l’échec, pour toutes ces fois où seules 1 ou 2 images d’un paquet étaient inédites, les autres venant compléter notre base d’échange
4/ A coller droit
5/ Le nom et la date de naissance de tous les joueurs du championnat de France. Quand on y pense, à l’époque on pouvait tout à fait entendre à un coin de l’école : « Je t’échange Pascal Baills de Montpellier contre Jean-Guy Walemme de Lens ». Incroyable, non ?
Pour bien comprendre, replongeons-nous dans le contexte de la fin des années 80, début des années 90. Internet et Youtube sont encore de la science-fiction. Le bouquet Canal+ est un rêve de footballeur encore non accompli (il était même possible à l’époque de mater les matches avec un faux décodeur, pour dire). Seulement 1 ou 2 matches max sont diffusés chaque semaine à la télé. Alors pour nous, gamins qui passions nos récrés à courir derrière un ballon en mousse plutôt que derrière les filles, nous ne pouvions enrichir nos connaissances du foot qu’avec 2 moyens : Téléfoot et son top buts le dimanche matin, ou acheter les albums Panini.
Sans ça, nous ne nous rappellerions pas aussi bien de Mickaël Debève, Nicolas Huysman, Eric Lada, Gérald Baticle, Pascal Pierre ou autres Yannick Stopyra. Nous aurions oublié que Cannes, Toulon ou Nîmes ont évolué en 1ère division. Que Jean-Marc Adjovi-Boco a toujours ressemblé à Alpha Blondy. Que Bernard Pardo n’a pas toujours été gros. Que David Zitelli a joué à Metz. Que Di Meco avait jadis eu la coupe de Francis Lalanne. Que Marc Keller ne ressemblait pas encore à Besancenot.
Sans en rajouter dans la nostalgie, force est de constater qu’on parle là bien d’une autre époque. Parce que pour nous, c’était la grande classe de finir un album, avec les écussons de club et tout ! On était pas encore des érudits du foot, le dimanche soir on se couchait à 21h au lieu d’enchaîner CFC, match du soir, Equipe du Dimanche et 100% Foot.
D’une certaine façon, ces albums et ces vignettes auto-collantes c’était un de nos liens les plus forts avec le monde du football, avec nos clubs de cœur, nos joueurs préférés et nos têtes de turc. De son côté, la firme Italienne qui a créé ce symbole de notre jeunesse semble aussi regretter cette époque là, elle qui s’obstine dans son créneau, mais le monde 2.0 n’est plus vraiment son terrain de jeu.
Quel héritage alors ? Mention au très bon site Old School Panini, qui perpétue l’héritage telle une madeleine de Proust (et à qui nous avons piqué les images d’illustration). On est devenus CSP+ (ou pas), on achète désormais L’Equipe pour se la raconter, mais tout ça ne nous rendra pas nos vignettes Panini.
HUGGUY LES BONS TUYAUX
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ça nous a aussi appris à utiliser le minitel pour commander les dernières vignettes, que francois omam-biyik a joué à laval … une année je me rappelle que dans la cour tout le monde avait des doublons de Philippe Flucklinger qui posait devant une immonde bâche bleue en alu, impossible à refourguer
Sans oublier que les écussons et les joueurs de l’OM valaient double (il fallait bien un Michel Pineda et un Hippolyte Dangbeto pour rafler un Carlos Mozer), en tout cas dans ma cour de récré à Marseille. Et que dire du bruit magique engendré à chaque ouverture de paquet et l’odeur de colle si caractéristique qui en émanait et en émane encore aujourd’hui…
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