Dans l’excellent sketch des Monty Python “The Philosophers’ Football Game” mettant en scène Archimède, Socrate, Hegel ou encore Nietzsche au cours d’un match Grèce-Allemagne, le remplaçant de luxe côté allemand se nomme Karl Marx. Sûrement le seul lien entre l’auteur de “Das Kapital” et le sport de Franck Leboeuf. Mais une de ses plus célèbres citations sur la religion est souvent reprise au sujet du football pour tenter d’expliquer l’engouement, la passion et l’hystérie collective des supporters. Le foot serait-il donc le véritable opium du peuple ? De nombreux dictateurs du XXème siècle ont répondu par l’affirmative et se sont mués en véritables dealers de joie footballistique. Afin de mieux comprendre leur approche, tel Patrick Poivre d’Arvor avec Saddam Hussein, Guy Truite est donc allé à la rencontre de ces hommes qui ont marqué l’Histoire. Premier entretien : Benito Mussolini.
Guy Truite : Bonjour Monsieur Mussolini…
Benito Mussolini : (il coupe) Vous pouvez m’appeler Duce.
GT : Non ça va aller. Et puis ça fait quand même plus de 50 ans que vous êtes mort…Pour détendre l’atmosphère et vous mettre à l’aise, je me suis trouvé ce déguisement de nazi, j’espère que vous appréciez.
BT : Cette tenue militaire n’est pas un déguisement. Elle se mérite et je ne crois pas que vous en soyez digne. Mais je dois bien avouer que ça m’a fait rire.
GT : Comme convenu, nous n’allons pas aborder ici vos 20 années à la tête de l’Italie, votre régime dictatorial et fasciste bien qu’il y aurait beaucoup de choses à dire. Un accord est un accord, nous n’allons donc aborder que le football.
BM : J’espère bien ! L’Italie a quand même gagné deux Coupes du Monde quand j’étais à sa tête. Et à la suite. Quel chef d’Etat a fait mieux ? Aucun. Signe peut-être que je n’étais pas complètement dans le faux…
GT : Parlons-en justement de ces victoires en Coupe du Monde. La première a lieu en 1934. C’est la seconde coupe du Monde de l’histoire, et elle est organisée en…Italie.
BM : Cette Coupe du Monde était un véritable enjeu national. Il fallait montrer au monde entier la puissance, la grandeur de l’Italie de l’époque et la vigueur de ces hommes. C’était un immense objectif stratégique. Rendez-vous compte : la première Coupe du Monde disputée en Europe devait se dérouler chez nous. Et vous êtes bien placés vous les français pour savoir qu’il est plus facile de gagner ce type de tournoi chez soi.
GT : A la différence prêt que notre président ne choisissait pas les arbitres des matchs.
BM : (Enervé) Qu’insinuez-vous ? L’équipe nationale italienne était la meilleure, nous possédions les joueurs les plus doués, disciplinés et forts du monde. Voilà pourquoi nous avons gagné. Et n’oubliez pas que nous avons à nouveau gagné 4 ans plus tard chez vous, en France, après vous avoir bien botté le cul en quart de finale (victoire 3-1 de l’Italie).
GT : Nous y reviendrons plus tard. Restons sur 1934 si vous le voulez bien. En quart de finale face à l’Espagne, on dénombre pas moins de 11 blessures côté ibérique sans le moindre carton pour l’Italie. En demi-finale, vous parvenez à vous qualifier sur un but litigieux accordé par un jeune arbitre suédois choisi par vos soins, Ivan Eklind, qui officiera à nouveau lors de la finale remportée par l’Italie après prolongations. Avouez tout de même qu’il y a des éléments troublants à charge.
BM : Je ne vois rien de troublant ici. Les blessures font parti du sport. L’arbitre suédois avait parfaitement tenu la demi-finale face à l’Autriche et rien ne dit que le but était hors-jeu à 100%. Le voir à nouveau arbitrer la finale était un juste mérite récompensant son professionnalisme, d’autant que les scandinaves viennent d’une noble race. Enfin, croire que je choisissais les arbitres est une affirmation parfaitement grotesque et totalement diffamatoire.
GT : Jules Rimet, le président de la FIFA de l’époque, avait tout de même déclaré à l’issue de la compétition “que durant cette Coupe du Monde, le vrai président de la Fédération Internationale de football était Mussolini”.
BM : Et bien moi, voyez-vous, je m’insurge que la France ait pu participer à cette compétition avec un français à la tête de la FIFA. Jules Rimet peut dire ce qu’il veut, c’est de la pure jalousie.
GT : Il y a également de fortes suspicions de naturalisations forcées et de trafic de papiers d’identité pour que des joueurs comme Enrico Guaita, Raimundo Orsi ou encore Luis Monti puissent joueur avec la Squadra Azzura. Pour un homme défendant la pureté du peuple italien, c’est assez ironique.
BM : C’est d’entendre ça d’un journaliste français, pays qui a gagné la Coupe du Monde avec des Zidane, Thuram et autres Karembeu qui est comique. Les joueurs cités étaient certes argentins mais d’origine italienne. Nous leur avons proposé d’intégrer l’équipe d’Italie, ils ont dit oui, fin de l’histoire. Est-ce que Trezeguet était français de souche ? Au vu de sa manière de parler, j’en doute. Et puis allez demander à ces joueurs s’ils regrettent d’avoir gagné une Coupe du Monde avec l’Italie…
GT : Passons. Ce triomphe en 1934 inspirera un de vos plus proches amis, Adolf Hitler, qui organisera lui les Jeux Olympiques de 1936…
BM : (Il explose de rire) Tout ça pour qu’on ne se rappelle que de Jesse Owens ! Hitler était un ami mais il ne connaissait vraiment rien au sport. Plus sérieusement, cette période était incroyable. L’Italie et l’Allemagne étaient sans conteste les pays les plus puissants de l’époque. Et ces victoires dans des compétitions internationales ne faisaient que renforcer l’immense fierté patriotique de nos peuples.
GT : Période incroyable, ça dépendait un peu pour qui quand même…Revenons au football. Vous en parliez tout à l’heure, 4 ans plus tard vous remportez à nouveau la Coupe du Monde, en France. Une fois de plus, cette victoire est entachée de quelques soupçons…
BM : Parce que je dirigeais également la France ? Parce que Jules Rimet faisait à nouveau mal son travail ? Vous n’êtes pas sérieux…
GT : Je parlais surtout de la finale. Il parait que vous aviez envoyés aux joueurs italiens avant la finale un message d’encouragement qui sonnait plus comme une menace : “Vaincre ou mourir”
BM : Simple formule. Je voulais qu’il sache que toute l’Italie, y compris moi, étions derrière eux.
GT : Sauf que ce message est arrivé aux oreilles des joueurs adverses, le gardien de but Antal Szabo déclarant d’ailleurs à la fin du match : “On a pris 4 buts, mais au moins on leur a sauvé la vie.”
BM : Si leur gardien veut cacher sa mauvaise performance derrière ça…mais ce que l’Histoire retient, celle avec un grand H, c’est que nous avons été le premier pays à remporter deux Coupes du Monde consécutivement (seulement rejoint depuis par le Brésil 58-62). Voilà ce qui est important !
GT : Vous ne vous êtes en revanche pas limité au football international. En effet, dès 1926 un de vos proches, Leandro Arpinati, est nommé à la tête de la Fédération Italienne de football, fédération qui sera transférée à Rome, ville moins réticente à votre régime que Turin. Certains noms de clubs vont même changer car trop cosmopolites, comme l’Internazionale di Milano qui deviendra Ambrosiana (nom du grand évêque de la ville de Saint-Ambroise). Vous ne seriez pas un peu control-freak…
BM : Vous voyez vraiment le mal partout. Le football est un sport populaire, le plus populaire de tous. Et en tant que dirigeant proche du peuple, j’ai en effet fait en sorte que notre football soit fort. Je ne vois pas ce qu’il y a de choquant. Le sport est une activité louable qui détourne les jeunes des mauvais comportements, les rend forts et rompus aux joutes et à l’adversité. Il était de mon devoir de m’en occuper. Et l’arrivée des Qatari à la tête du PSG ? Votre Sarkozy, il n’y serait pas pour quelque chose ? Je ne vois pourtant personne crier au scandale.
GT : Pas faux. Pour terminer, un mot sur votre exécution le 28 avril 1945…
(Vexé, il fait signe à son attaché de presse, se lève boudiné dans sa chemise noire et se dirige vers la porte, sans un mot…)
SIR GUY, à Rome
Sources : Herodote.net, Parlonsfoot.com, Overtimeonline.co.uk
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